Daniel D., vous êtes assez optimiste et vous êtes plussé pour cela, mais malheureusement, Machiavel1983 est plus cohérent.
En liant l’incapacité de se sortir de son formatage à sa condition sociale, vous faites une séparation claire et nette entre ceux qui formatent et ceux qui subissent. Mais pensez à l’ingénieur issu d’un milieu populaire à qui on demande de faire de l’obsolescence programmée. Que doit-il faire au juste ? Préférez le chômage et rester intègre ou accepter son travail immoral qui consiste à produire du matériel volontairement fragile ou volontairement rendu obsolète ?
En fait, ceux qui formatent les autres, comme le mentionne très bien Machiavel1983, sont totalement formatés également. Il n’y a pas de séparation.
Je crois que l’on peut simplifier tout cela par la peur, le système pyramidal et l’immoralité qui découle de tout cela. On avait dit des camps de concentrations "plus jamais ça". Mais on n’a jamais vraiment fait un diagnostic de cette horreur : alors on la reproduit. Ce n’est pas un seul homme qui transforme un pays tout entier en pays fasciste, c’est le chômage, la peur de perdre son logement, de ne pas nourrir sa famille qui rend les gens de plus en plus obéissant et prêts à avoir un travail totalement immoral. Car le problème est là aujourd’hui : l’immoralité dans le travail. Le secteur primaire avec sa nourriture empoisonnée, le secondaire avec l’obsolescence programmée, le secteur tertiaire aussi hypertrophié qu’inutile dans bien des cas, très peu de personnes ont aujourd’hui un métier moral. Et plus on augmente "la crise" (ce vers quoi on nous enfonce manifestement avec une grande détermination), plus le chômage et les peurs rendent les gens prêts à une immoralité complète dans leur travail. Donc tous les travailleurs finissent par être responsables de cette société.
Si ça se trouve, dans 40 ans, 50% de la population aura un cancer (à cause de tous les produits non testés sur le long terme qu’on ingurgite ou qu’on nous fait consommer et que l’on a pas testé non plus sur le long terme). Comment jugerons-nous la période actuelle ? Comme une période d’aveuglement généralisée, de fascisme et d’obéisssance docile incompréhensible.
Il faut avoir le courage de ne pas obéir, de ne pas être "intégré socialement", de préférer l’inactivité à un métier immoral. C’est la seule solution et elle vient de nous. Mais tout le monde préfère la facilité apparente : et elle débouche finalement sur les pires horreurs, car l’immoralité augmente toujours progressivement, elle est toujours rendue acceptable en même temps que le contexte social diminue d’un cran.
L’espoir c’est que tout le monde travaille 100h par semaine sans congés et sans retraite, que la compétitivité soit maximale partout et que tous les pays soient ... exportatateurs.
Il faut donc absolument trouver des extraterrestres pour acheter les excédents systématiques nécessaires à la survie de chaque pays.
Je suis d’accord qu’il y a des fous furieux de la consommation, des drogués au dernier stade. Le système tient justement parce que l’on rend complice tout le monde.
Mais c’est difficile d’imaginer qu’un autre monde est possible quand on a été éduqué dans celui-là. Les étrangers qui viennent en France, parfois pour avoir fui la guerre, ne sont pas les derniers à consommer. Je ne leur fais pas un reproche, mais je veux dire que c’est un peu surhumain de demander aux gens de se désocialiser (ceux qui sont exploités ailleurs se comporteraient comme nous ici). Le seul espoir pour un changement serait que les exclus du système, de plus en plus nombreux, s’organisent ensembles, avec des nouvelles règles et s’en sortent finalement beaucoup mieux. Mais les divisions sont entretenues pour que ça ne se produise pas, et si d’aventure un système prometteur voyait le jour, il ne manquerait pas de se faire attaquer puis détruire par les larbins du système actuel.
Bref, c’est l’homme qu’il faut changer, encore quelques millénaires et ça sera bon ... si le monde existe encore.
Oui sauf que le mode de vie qui est le notre, on ne le choisit qu’à moitié quand même. Il faut beaucoup de courage pour éviter la société de consommation, pour savoir refuser un travail qui nous apparaît immoral. Bien sûr on se sent mieux si on a les moyens de surpasser cette peur initiale, mais combien de personnes peuvent se permettre de contester leur travail avec le chômage qui monte ? Parce que dénoncer le consumérisme, c’est dénoncer son propre travail, et avec un tel système, c’est faire vœu de pauvreté, pas facile avec toute cette pub.
De plus, pour le Mali, comme pour toutes les néo-colonies, il y a une forme de privatisation des bénéfices (Areva, compagnies pétrolières, ...) et de socialisation des pertes (armée française payée par le contribuable pour défendre les intérêts de ces compagnies privées). Alors le nucléaire anti-démocratique qu’on impose en France n’est pas forcément aussi rentable que ça si on devait facturer les militaires français à Areva. Disons que le contribuable moyen ne profite pas toujours du néo-colonialisme.
Malheureusement, le raccourci est extrêmement simpliste. Etre amoureux ou avoir des sentiments pour quelqu’un n’a rien de l’égoïsme. C’est vouloir posséder l’autre qui l’est. Et effectivement, si vous aimez quelqu’un qui ne vous aime pas, c’est dur si vous êtes égoïste ou si la personne aimée est malheureuse avec un autre. De même, une personne un peu humaine (pourvue de compassion) ne devrait pas avoir envie de rester avec l’être aimé si elle se rend compte qu’elle la rend malheureuse.
Cependant, le vrai problème, c’est la durabilité des désirs, des motivations, des goûts. Avec des gens inconsistants (et encouragés dans ce sens par la société de consommation), capricieux, en un mot avec des enfants éternels, parler de sentiments est prétentieux : il n’existe plus que des pulsions. Pour leur faire accepter leur incohérence (en tant qu’animal raisonable) il faudra des grandes doses de Coca, non, pardon, de Soma.