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@yoananda2
Quitte à faire de la psy de comptoir, voici mon hyppothèse : Soral à peut être reculé (inconsciemment) devant le succès, il n’a pas voulu trop grossir de peur de déclencher la révolution qu’il appelle de ses voeux, mais que peut-être il redoute (après tout, c’est un sacré poids).
C’est clairement une des clés pour comprendre le personnage. A chaque fois que Soral aurait pu franchir un palier médiatique ou politique, il a "merdé" ou "dérapé", plus ou moins consciemment, et a fini par se dérober en commettant un acte manqué. Il y a un côté velléitaire chez lui, de rejet de toute attente de conformité, qui est aussi quelque chose de propre à sa génération (Nabe, Moix, Taddéi, Beigbedder, Houellebecq...) de touche-à-tout littéraires et mondains. Beigbeder avait donné une interview assez lucide à ce sujet il y a quelques temps, expliquant que sa génération était la première à avoir intégré l’échec des grandes utopies et avait donc basculé durant les années 80 dans le cynisme, la provoc’ et la surenchère esthétique, faute de pouvoir accomplir leurs ambitions politiques, artistiques et littéraire (exception faite de Houellebecq mais ce fut de peu car il a connu un succès relativement tardif). Regardez Nabe aujourd’hui... le type a tout du vieil ado aigri cramponné à son statut d’écrivain dont tout le monde se fout à l’heure actuelle.
Disons que la séduction exercée par Soral, qui semblait avoir fait mille choses et
avoir tout compris, a bien marché au début des années 2000 sur de jeunes esprits qui avaient déjà de grosses lacunes en terme de culture historique et politique par rapport aux générations précédentes. Le récit de la bohème parisienne, friquée et décadente des années 70 et 80 exerçait une certaine fascination sur cette génération qui n’avait entendu parler depuis les années 80 que de sida, de crise économique et de chômage de masse. Aujourd’hui, évidemment, cela ne marche plus du tout puisque les jeunes n’ont plus aucun lien avec cette époque
et nourrissent plutôt du mépris à l’encontre de cette "bohème" prétentieuse et
désoeuvrée incapable de faire du fric.
Leur bagage culturel nous impressionnait dans la mesure où ils semblaient à la fois maîtrisé la culture classique (grands auteurs, philo, socio, marx...) et la culture de bric et de broc, pop et rock issue de la société de consommation et de l’américanisation des modes de vie et de pensée. On était trop cons et trop naïfs pour comprendre que tous ces "polémistes" étaient déjà des types nés trop tard et qui n’avaient pas réussi à percer dans la politique, la culture, la littérature, et qui s’étaient pour les plus chanceux ou les plus travailleurs recyclés comme chroniqueurs ou pigistes chez Ardisson. Ces Nabe, ces Soral ont passé toutes les années 80 et 90 à récupérer les miettes sous la table du monde culturo-mondain, à en profiter sans jamais vraiment être accepté à la table, à cracher de dépit dans la soupe médiatique.Il est donc facile de comprendre leur ressentiment et leur haine de "ratés" envers les soixante-huitards qui dirigeaient tout, contrôlaient tout, après avoir trahi tous leurs idéaux de jeunesse.
Pour ma part j’avais beaucoup aimé les abécédaires de Soral et son livre sur la féminisation (par rapport à ce que je connaissais à l’époque, c’est à dire pas grand-chose). Mais surtout son Misère du Désir, qui est à mon avis un vrai petit chef d’oeuvre de sociologie populaire, plein de drôlerie (la rencontre avec Despentes, la déclaration d’amour à Poupeto...) et qui réglait son compte à la gauche qui était encore idéologiquement dominatrice à l’époque, en décrivant parfaitement la manipulation des affects des jeunes de banlieue par les élites antiracistes et en donnant une explication peut-être pas foncièrement nouvelle mais accessible et concrète de la relation entre idéologie du désir et marché. Il avait d’ailleurs été désavoué dans l’Huma par Michel Clouscard qui avait apparemment pris peur après avoir reçu un coup de fil de son éditeur.
J’ai nourri par la suite un tel rejet des idées de Soral que je me suis demandé pourquoi j’y avais adhéré auparavant, et je me suis rassuré en constatant que j’étais toujours d’accord dans les grandes lignes avec ce qu’il écrivait au début des années 2000 dans les abécédaires. Mais bon, des mauvaises langues (Blanrue) ont insinué que les éloges de Soral à la devise républicaine et à la "fraternité" visaient surtout à l’époque à accompagner ses efforts afin d’intégrer une loge maçonnique, ce qui me semble tout à fait crédible. Se rappeler aussi les phrases de Nabe évoquant un Soral catastrophé après son dérapage sur les juifs à Envoyé Spécial, réalisant
qu’il venait de se fermer toutes les portes du monde culturel et médiatique avec cette sortie polémique.
Judiciarisation ridicule et porte ouverte à toutes les dérives de "citoyens plaignants" qui se retourneront dorénavant contre l’Etat à chaque fois qu’ils s’estimeront lésés.
Curieusement les mêmes ne trouvent rien à redire aux mesures de chômage partiel versé par l’Etat, qui a tenté de rattraper le cou de la mauvaise gestion de la crise en garantissant jusqu’à 87% du salaire, indépendamment de la situation des gens. Tout ça ira évidemment creuser le déficit, et les mêmes neuneus s’empresseront de dénoncer ensuite "la loi de 73", l’euro, les salauds de la finance...
Si vous voulez c’est un peu comme un parent abusif qui achète un jouet à son gamin pour se faire pardonner de l’avoir frappé ou négligé. Le message compris par le gamin est que sa petite personne ne vaut rien de plus aux yeux de ses parents que le prix de ce jouet, mais que s’il gémit suffisamment, il pourra au moins toujours avoir des jouets sans avoir à produire d’efforts particuliers, à défaut d’avoir la considération ou l’amour de ses parents.
@yoananda2
On dit beaucoup à l’étranger que les Français sont des gens vivant dans un paradis mais qui croient vivre en enfer. C’est évidemment une formule, mais qui exprime quand même une réalité. Les Français ont développé une véritable morbidité collective engendrée par la perte de statut symbolique du pays depuis une trentaine d’année. Je dis perte de statut symbolique car cela fait près d’un siècle que le pays n’est plus une grande puissance. Cela se traduit par un narcissisme négatif (le narcissisme n’est pas forcément positif et peut s’exprimer sur le mode de la souffrance d’être soi-même) et une incapacité à se comparer objectivement aux autres, un peu comme un dépressif qui ne cesserait de s’accabler ou de se trouver tous les défauts de la terre. Or, le rôle d’un thérapeute est de sortir le dépressif de ce marasme, pas de l’entretenir dans une haine de soi génératrice d’impuissance.
Le basketteur franco-américain Tony Parker quand on lui a demandé s’il préférait vivre aux USA ou en France, a répondu de manière assez juste que l’Amérique était un pays où l’on vivait mal mais où l’on se sentait bien, et que la France était un pays où l’on vivait bien mais où l’on se sentait mal. On ne saurait mieux dire les choses.
Mais ce qui m’agace le plus dans cette haine de soi, c’est qu’elle est fausse. Les Français, en s’accablant de tous les maux de la terre, en se voyant pauvres, défaits, nuls, constamment abusés par des élites méphistophéliques, se dispensent ainsi de toute véritable critique et de la nécessité d’agir quand et là où c’est possible, à titre individuel et collectif. Chacun s’aménage ainsi son petit confort en faisant semblant d’être lucide sur l’état de décadence du pays.
Au fond, les Français sont toujours aussi orgueilleux et imbus d’eux-mêmes, comme des Américains. Les autres pays ressentent la fausseté de notre accablement collectif, c’est pourquoi notre "pessimisme" rivalisant avec celui de pays pauvres en guerre les interpelle ou les amuse.
Toute cette noirceur franchouillarde, c’est de la comédie. En tout cas c’est tout sauf de la lucidité.
Depuis le premier cas de coronavirus sur le continent, le 14 février en Égypte, les experts nous prédisent un scénario effrayant. L’Afrique allait être rapidement submergée par la pandémie de Covid-19 avec à la clé un cataclysme sanitaire dans un continent pauvre au système de santé défaillant. L’Organisation mondiale de la Santé (OMS) appelle presque chaque jour le continent « à se préparer au pire ». Deux mois plus tard, le tsunami n’a toujours pas eu lieu, alors que les pays européens et les États-Unis sont violemment frappés.
@micnet
A la fin de la vidéo, lui et Roquette évoquent des nordiques "rigoureux et travailleurs" et des sudistes "indolents" "indisciplinés" pour expliquer la différence de gestion de l’épidémie entre l’Europe du Nord et l’Europe du Sud. Ne me faites pas le coup du discours "culturaliste", c’est un recyclage des vieux poncifs de la théorie du climat. Zemmour va même jusqu’à dire que la France a été "ravalée à l’état de pays méditerranéen" (je cite de mémoire), déclaration quand même étonnante de la part d’un soi-disant maurrassien, raison pour laquelle je rappelle l’opposition de l’époque entre "latinistes" (maurrassiens) et "nordicistes" (gobiniens).
En outre, jusqu’à preuve du contraire, la France est un pays méditerranéen depuis l’origine et je ne vois pas en quoi cela constituerait une tare, surtout quand, comme ce dernier, on a des traits qui évoquent davantage le Maghreb que les espaces glacés de Germanie. La civilisation est née sur les rives de la méditerranée, même les nazis confrontés à la vérité historique ont falsifié les sources et les faits pour faire croire que la Grèce antique et Rome avaient été fondées par des Germains avant d’être dévoyées et parasitées par les peuples méditerranéens à la peau sombre et autres levantins aux cheveux crépus.
De toute façon, cette explication simpliste pour droitards ne tient pas la route.
Le fait que les pays du nord aient été touchés beaucoup plus tardivement par l’épidémie et protégés naturellement, dans certains cas, par leur faible densité et des habitus sociologiques différents, est à l’évidence le principal facteur expliquant les fortunes diverses des pays européens dans leur gestion de l’épidémie. L’autre critère, c’est la réactivité des Etats. La Grèce et le Portugal, qui ne sont pas des pays scandinaves, ont obtenu de très bons résultats malgré des moyens largement inférieurs à la France. Certains pays africains semblent également obtenir de bons résultats, pour la bonne et simple raison qu’ils ont davantage l’habitude de gérer des crises sanitaires. A contrario, la Belgique, l’Angleterre et les USA ont eu une réponse désastreuse et personne ne dit que ces pays se sont "latinisés" ou ont été culturellement "ravalés à l’état de pays méditerranéen" en raison de l’indiscipline et de l’indolence de la population qui continue d’aller dans les parcs de Londres et de s’agglutiner sur les plages de Floride.
A chaque fois qu’il y a eu de grandes épidémies, on a accusé différents groupes ethniques d’être responsable de leur propagation. Autrefois, les juifs empoisonneurs remplissaient ce rôle. A l’heure actuelle, qui voit revenir les théories racialistes du XIXème siècle (sous une forme policée et vaguement culturaliste), il y a une véritable stigmatisation des pays du sud exacerbés par l’hégémonie des pays du nord au sein de l’UE. On voit même subtilement revenir la division entre l’Europe du sud catholique et romaine, et l’Europe du Nord protestante.
Zemmour dont j’appréciais la culture historique et qui passe pour "patriote" est devenu un des pires suppôts médiatiques de l’anti-France. Il ne trouve absolument rien de positif à dire sur la France, pas même sur De Gaulle qu’il descend désormais dans ses analyses au profit d’une réhabilitation pour le moins douteuse de Pétain. Sur le plan économique et sociétal, il développe maintenant une pensée proche des milieux de la droite libertarienne américaine, et n’a plus qu’Huntington et son conflit de civilisation à la bouche.
Sur les plateaux télé, il n’y a plus personne pour lui porter la contradiction, toutes les émissions auxquelles il participe sont devenus des écrins médiatiques pour lui, Naulleau lui servant davantage de faire-valoir.
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