A sa décharge, la quasi-intégralité des scientifiques défendaient cette position. La vraie responsabilité est celle des politiques qui se sont en fait défaussés dans cette histoire en se retranchant derrière des collèges d’experts qui étaient en désaccord entre eux et qui se livraient à d’obscures guerres d’influence par médias interposés. En réalité les politiques ont suivi leur conviction profonde qui leur disait de ne pas s’embarrasser du principe de précaution et de ne surtout pas interrompre le fonctionnement normal de l’économie en remettant en cause la Sainte Trinité de la libre circulation des hommes, des biens et des marchandises. Et de ne pas fâcher les Chinois dont nous sommes dépendant économiquement en donnant l’impression de surréagir à un phénomène lointain nous concernant peu.
Le discours forcément relativiste des scientifiques qui voient les choses de manière chiffrée et non politique (pour eux "2% de mortalité" est une donnée brute) allait naturellement dans ce sens et leur a donné la marge de manoeuvre dont ils avaient besoin pour justifier leur attentisme et leur impéritie face à la diffusion du virus. D’ailleurs, ce que disait Raoult n’est pas entièrement faux, on reste sur des chiffres de mortalité absolue qu’il faut relativiser.
Ce même Raoult a en revanche averti depuis plusieurs années que la France ne serait pas en capacité de faire face à une épidémie majeure, position également tenue par la plupart des épidémiologistes que les gouvernements successifs ont fait le choix d’ignorer.
En gros, les autorités en faisant semblant d’abandonner la décision à la délibération de collèges d’experts qu’ils n’écoutent qu’au gré des circonstances et quand cela les conforte dans leur conviction profonde, ont cherché à occulter leur responsabilité et leur motivation dans la gestion de cette épidémie.
ben justement, j’ai lu (me demande pas la source j’ai pas noté) que le marché aux bestioles allait être interdit/réduit/contrôlé, j’ai oublié, mais que le gouvernement chinois allait faire quelque chose à ce sujet.
Le gouvernement chinois n’a de compte à rendre à personne, ils avaient déjà fait ce type d’annonce après le SRAS. C’est en partie un problème économique, la médecine "moderne" n’est présente en Chine que dans les grandes villes. Dans les zones rurales il n’y a pas vraiment de médecin ni sécurité sociale, les gens ont massivement recours à la pharmacopée traditionnelle et consultent des référents qui ont reçu une formation de base à la médecine. Par ailleurs, interdiction dans une dictature n’a pas forcément valeur d’interdiction, visiblement les quelques règles mises en place après les précédentes épidémies n’ont jamais été appliquées sérieusement dans la durée et je parie que ce sera encore le cas cette fois. On va interdire les marchés temporairement et le commerce de produits issus d’animaux exotiques mais parallèlement un marché noir va se développer, ce qui fait que les gens ne perdront pas les vieilles habitudes et qu’une tolérance va s’installer progressivement. Et dans quelques années on sera revenu à la situation initiale. Cette histoire, c’est un peu comme la vodka bon marché en Russie, les autorités ont annoncé 50 fois avoir réglé le problème ou leur volonté de le régler, alors que dans le même temps on laissait faire les ravages de l’alcool dans les zones rurales où l’on ne voulait pas mettre en place ou financer des politiques de lutte contre l’alcoolisme. Je crois d’ailleurs qu’il y a de nombreuses blagues en russe sur le fait de se soigner à la vodka. Poutine a réussi à régler partiellement le problème mais en réalité c’est surtout un changement culturel liée à la libéralisation du pays qui a permis de faire évoluer les comportements.
Il faut vraiment être stupide ou réellement prendre les Chinois pour des fourmis sans âme pour croire que les gens, en particulier dans les milieux ruraux, vont abandonner leurs coutumes et perdre les habitudes ancrées depuis des siècles simplement parce qu’un gouvernement a pris un décret ou fait voter une loi.
Ca ne marche pas comme ça, il faudrait déjà que le gouvernement améliore les conditions de vie dans les campagnes, qu’il désacralise certaines pratiques et superstitions populaires, qu’il conteste scientifiquement les vertus et autres propriétés sexuelles magiques attribuées à certains animaux, etc... pour que les gens acceptent de modifier leurs comportements.
C’est comme si demain le gouvernement français annonçait qu’il avait pris la décision de fermer les bars PMU pour ne plus avoir de piliers de comptoir, c’est n’importe quoi.
Le parti-Etat n’a pas encadré strictement la consommation d’animaux diverses malgré la dangerosité bien connue de la chose (voir la crise du SRAS de 2002 2003) d’ailleurs si les autorités chinoises ont particulièrement développé depuis une quinzaine d’années des laboratoires spécialisés en virologie c’est bien qu’ils savaient parfaitement que leur pays est un foyer classique de ce genre d’épidémies.
Et il y a peu de chances que ça évolue. Les dictatures sont par nature contraintes de laisser des espaces de liberté à la population dans lesquels règnent bien souvent l’anarchie et l’absence de règles, comme c’est le cas avec ces marchés "traditionnels" en Chine. La consommation de produits animaux exotiques dans le cadre de la médecine traditionnelle et du fétichisme populaire ne va pas s’arrêter parce que le gouvernement central aura pris un arrêté qu’il s’empressera de ne pas faire appliquer dans les campagnes, comme c’est le cas depuis une vingtaine d’années où en dépit des épidémies qui se succèdent, rien n’a changé. Les Chinois ont même le culot à présent de dire que le virus ne provient pas de la région de Wuhan en laissant les complotistes inventer le reste (c’est la faute de tout le monde — Macron, les méchants naméricains, les juifs empoisonneurs, etc. — sauf des Chinois). Le problème est donc amené à se reproduire, et ce d’autant plus que les conséquences les plus sévères se produisent en réalité dans le monde occidental devenu totalement dépendant de la machine productive chinoise.