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    Joe Chip Joe Chip 4 septembre 2014 14:22

    Une pauvre illustration de Wikipedia ???

    Cette discussion est purement rhétorique, vous récitez le catéchisme historique des Sternhell et autres BHL obsédés par leur généalogie du fascisme et dont les thèses essentialistes ont été réfutées ou contredites par la majorité des historiens sérieux. Vous collez des étiquettes politiques sans répondre aux arguments dynamiques et chronologiques que j’ai développés. 
    Le fascisme n’existait même pas à l’époque de Boulanger, vous nagez en plein anachronisme. Quant à la notion de "préfascisme" ou de "proto-fascisme" elle n’a aucune valeur historique bien établie : ce n’est qu’un concept spéculatif (et politiquement orienté) défendu par des thésards bien en vue dans les médias pour accréditer la thèse de l’origine française du fascisme.

    Le fascisme est en réalité une idéologie protéiforme reflétant le caractère arlequin d’un Mussolini qui puise indifféremment dans le socialisme et le capitalisme, dans le traditionalisme (hiérarchie) et le modernisme (exaltation de la machine et culte de la vitesse), dans la droite et la gauche, dans la bourgeoisie et le prolétariat... par conséquent les racines du fascisme sont multiples et il n’existe pas une essence "pure" du fascisme que l’on pourrait "isoler" tel un condensé chimique dans le magma de la vie politique française au tournant du XXème siècle, comme BHL, Taguieff et d’autres ont voulu le démontrer. De ce fait, traiter Boulanger de "pré-fasciste" alors même qu’il s’est refusé à renverser la République quand il en avait l’occasion, le prétexte et les moyens, est de mon point de vue un non-sens historique absolu, du moins quand on fait de l’histoire sérieuse et chronologique, et pas de l’histoire "thématicienne" qui prétend analyser le passé en projetant l’ombre du présent en arrière. Le recul historique n’est pas un gage de neutralité axiomatique.
     
    Par exemple, lorsqu’un Eric Zemmour explique que la France a perdu "la guerre de la mondialisation" contre l’Angleterre, il porte un jugement de valeur qui n’est pas historique. Cette notion n’a que peu de pertinence à l’époque dans l’esprit des Français et elle ne peut en avoir étant donné que la guerre pour le contrôle des voies maritimes - base de l’empire britannique - a été remportée par l’Angleterre au détriment des Hollandais, au XVIIème siècle. Quand les Français perdent l’Amérique, autant du fait des Anglais que par désintérêt, la cause est déjà entendue. Que fera Napoléon à la rétrocession de la Louisianne (près d’un tiers de l’Amérique en surface) en 1800 ? Il la vend aussitôt aux USA pour se replonger dans les tourments de la politique continentale. Mais aujourd’hui, ça n’empêche nullement les Français, omettant leur propre renoncement ou leurs propres erreurs, de continuer à se lamenter d’avoir "perdu le monde à Waterloo", erreur d’analyse qui en dit long sur notre tendance narcissique. Nous ne sommes pas le centre du monde.

    De la même manière nous n’avons pas inventé le fascisme, même en le rebaptisant "préfascisme" ou "proto-fascisme" pour dissimuler les faiblesses méthologiques de ce raisonnement. Ce que l’on peut affirmer en revanche, c’est que les dérives dites réactionnaires proviennent davantage d’une gauche et d’un socialisme qui tendent à se "racialiser" avec le temps que d’un conservatisme de droite se radicalisant, même si cette thèse est encore très populaire dans les médias puisqu’elle correspond à l’imaginaire politique hérité du XXème siècle (gauche=bien, droite=mal). Mais au XIXème siècle, la situation est très différente et beaucoup plus complexe. Le "sans-culottisme" décomplexé qui infuse le boulangisme, est une idéologie de gauche = puritanisme moral (condamnation des moeurs dissolues des riches et de l’aristocratie), égalitarisme de petits propriétaires, condamnation de l’oisiveté typique de l’idéologie révolutionnaire, etc...

    L’utilisation rétrospective des étiquettes "raciste", "fasciste", "préfasciste", "proto-fasciste", et j’en passe, n’a aucune valeur et ne vise qu’à faire passer des gens qui étaient de gauche dans le camp d’une "extrême-droite" coupable et essentialisée qui était bien plus diverse et mouvante que l’histoire républicaine n’a voulu le faire croire afin d’exonérer la gauche de ses errances "antilibérales" durant le XIXème siècle.

    C’est Jules Ferry qui postule le droit d’instruire les "races inférieures" quand Charles Maurras dénonce l’expansion coloniale et rejette avec virulence tout racialisme scientifique. Avec une certaine hauteur de vues que nul ne lui contestait à l’époque, il énonce que le racisme est "contraire à nos traditions" et prévoit que le racisme allemand détruira le nationalisme en tant que courant politique :

    "Eh bien ! c’est le racisme qui a tort ; c’est nous, réactionnaires français, qui le déclarons.

    Cela ne fait pas de Maurras un ange, ni ne l’exempte de certaines erreurs tragiques de jugement. Mais cela démontre que l’histoire des idées est beaucoup plus complexe que votre baratin sur "la gauche" et "la droite" (raciste/xénophobe/fasciste, etc.)

    Puisque vous aimez wikipedia :
    http://fr.wikipedia.org/wiki/Boulangisme
    "En 1887 Boulanger a le soutien de la gauche et de l’extrême-gauche qui voient en lui un général républicain"

    Je vous conseille toutefois de lire des ouvrages plus sérieux sur le sujet (on en trouve aussi bien d’auteurs de gauche que de droite).

    Libre à présent à vous de vous obstiner.
     



  • vote
    Joe Chip Joe Chip 3 septembre 2014 17:26

    Non, Boulanger était bel et bien à gauche, puisque le "nationalisme" est encore une idéologie jacobine et révolutionnaire à cette période... C’est uniquement à posteriori que l’on peut associer le boulangisme à un courant de droite ou d’extrême-droite, pour simplifier la lecture de cette période et la rendre intelligible dans notre contexte où la gauche est internationaliste par principe et la droite nationaliste par défaut. Or, tout ça n’a aucun sens à l’époque. Ce n’est pas la gauche qui a rejoint le camp "nationaliste" de la droite, mais l’inverse. Les socialistes français de l’époque sont réactionnaires, patriotes et antilibéraux, c’est ce qui favorise ainsi le rapprochement avec les monarchistes au sein du courant boulangiste. A partir de là, on assiste à un renversement à 180° du schéma idéologique, puisque la droite réactionnaire se définit désormais sans ambiguïté comme nationaliste - au sens de la révolution française !- tandis que la gauche commence au contraire à se démarquer progressivement du "social-chauvinisme" fustigé par Lénine et à affirmer son caractère internationaliste.

    Il est inutile d’essentialiser les termes de gauche et droite qui ont évolué avec le temps... et parfois échangé leurs propriétés respectives.



  • vote
    Joe Chip Joe Chip 3 septembre 2014 10:51

    Que de simplifications dans votre "cartographie idéologique"...

    Le boulangisme est un courant d’inspiration républicaine, anticléricale et démocratique, qui rejette le parlementarisme bourgeois sans pour autant vouloir rompre avec la République. Une sorte de sans-culottisme tardif, à la fois distinct du socialisme, dans sa dimension "nationale", et de la droite réactionnaire, dans sa dimension républicaine et anticléricale.
    Boulanger - entouré de républicains et de radicaux de gauche - est lui-même républicain de conviction, c’est la raison pour laquelle il se refusera à commettre un coup d’Etat malgré la pression de la droite, qui ne partageait pas ses idées et qui ne s’était ralliée à lui qu’à la faveur de circonstances politiques, espérant pouvoir utiliser sa popularité pour renverser le régime républicain.



  • vote
    Joe Chip Joe Chip 2 septembre 2014 15:38

    On pourrait aussi citer plus laconiquement la célèbre réplique de Clint Eastwood dans Le Bon, la Brute et le Truand :

    Tu vois, le monde se divise en deux catégories : ceux qui ont un pistolet chargé et ceux qui creusent. Toi, tu creuses.



  • vote
    Joe Chip Joe Chip 2 septembre 2014 15:02

    Je ne suis pas vraiment d’accord avec cette distinction très schématique entre la "gauche libérale" (révolutionnaire) et la "droite conservatrice" (monarchique).
    La gauche et la droite partagent au contraire une origine républicaine commune et ne commencent à se distinguer qu’à partir du moment où les réactionnaires monarchistes, reconnaissant leur défaite politique et avant tout soucieux, à leur retour en France, de protéger leur patrimoine et leur fortune restituée par la "loi du milliard aux émigrés", se rallient sous le règne de Charles X à la cause bourgeoise et donc aux thèses du libéralisme économique.
    Parallèlement, les progressistes attachés à la préservation des conquêtes du libéralisme philosophique (athéisme, égalité des droits, etc.) cherchent à se démarquer politiquement de cette alliance entre anciens et nouveaux possédants (soit la synthèse libérale-conservatrice) en donnant naissance à la "gauche républicaine". On se retrouve donc avec deux courants antagonistes issus du libéralisme qui constituent le clivage gauche/droite au sens moderne du terme. Aujourd’hui, nous assistons en fait à la recomposition de l’unité originelle du libéralisme politique et économique : il n’y a plus d’opposition fonctionnelle au sein du "système" républicain, et plus largement au sein de la démocratie moderne, ce que résume symboliquement le fameux slogan thatchérien servi désormais toutes les sauces pas la classe économico-médiatique : "Il n’y a pas d’alternative".

    Ne reste donc que les "extrêmes", interdits politiquement car situés en dehors du champ du libéralisme pur.

    L’extrême-droite désigne originellement la frange radicalisée de l’aristocratie et des catholiques qui continue de rejeter le fait révolutionnaire et libéral tout au long du XIXème siècle, avant de perdre progressivement son influence suite à l’affaire Dreyfus (Vichy ce sera autre chose, une alliance strictement opportune entre une partie de l’extrême-droite et une partie de la gauche pacifiste).

    L’extrême-gauche se fonde quant à elle sur le souvenir d’un moment très particulier de la Révolution - le gouvernement révolutionnaire de l’an II - d’où sont issus, en schématisant, le socialisme et la Commune, qui marque le moment où le libéralisme républicain liquidera définitivement ce patriotisme populaire et démocratique né avec la Révolution. Ce que les politiques et les médias appellent aujourd’hui de manière méprisante et convenue le "populisme".

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