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Joe Chip

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    Joe Chip Joe Chip 11 août 2014 18:00

    Vous traitez avec beaucoup de magnanimité le peuple américain, qui répond systématiquement aux appels bellicistes de ces dirigeants avant de s’infliger périodiquement des remises en question douloureuses - mais provisoires et superficielles - de ses "valeurs", qui servent manifestement de simple "reset" afin de perpétuer une stratégie impérialiste dont le trame n’a pratiquement pas évolué depuis la guerre du Vietnam.

    Vietnam qui a produit Rambo (homonyme de Rimbaud, pour ceux qui ne le savaient pas) cet américain en crise identitaire, dont les tourments intérieurs reflétaient l’instabilité de cette période de transition entre l’Amérique "progressiste" des années 60 et l’Amérique réactionnaire des années 80, qui vit l’extrême-gauche américaine se dépouiller des idéaux naïfs des années 60 pour épouser les valeurs conservatrices. Rambo, personnage scindé, qui est à moitié un hippie anarchiste rétif à l’autorité, et à moité un criminel de guerre sponsorisé par l’Etat. Soldat d’origine prolétaire, marginalisé au retour de la guerre et au fond méprisé par la petite classe moyenne productive américaine comme par la bourgeoise libérale, ce que montrait très bien le premier film avant de sombrer dans le délire reaganien et parodique des suites, qui envoyèrent Rambo se battre aux côtés des talibans, alors idéalisés en héros et martyrs béhachéliens par l’opinion américaine.

    Oliver Stone passa finalement l’éponge en 89 sur ce tableau surchargé avec son Né un 4 juillet, film oscarisé qui permit à l’Amérique progressiste de se recomposer une virginité symbolique, un peu comme Danse avec les Loups permettra plus tard à l’américain moyen, gavé de politiquement correct, de s’identifier au "gentil soldat" qui sauva l’indien contre le "méchant soldat" (repoussé dans une altérité qui n’est pas l’Amérique, nécessairement vertueuse par décret divin...) en gagnant le privilège au passage de baiser la fille du chef... sans doute pour mieux perpétuer la culture indienne.
     
    Puis l’Amérique conservatrice reprit la main et vint Irak 1 et son cortège de fantômes de la "guerre chirurgicale", ce spectacle indécent en vert et noir que l’on suivait chaque soir à la télévision au 20h en quasi direct, nouveauté à l’époque, en se demandant fébrilement si l’armada occidentale allait pouvoir venir à bout de la "quatrième armée du monde" - si, si, c’est ce que les médias disaient sans rigoler - balayée dans les faits en trois quart d’heure. Puis les GIs revinrent au pays où leur état physique comme psychologique souleva à nouveau l’indignation de cette Amérique qui réalisait, encore une fois, avoir "renoncé à ses valeurs", et alors, on pleura beaucoup aux quatre coins du monde avec cette Amérique digne et puritaine qui osait, elle, se confronter lucidement à ses erreurs et à ses échecs.

    Un petit détour par le Kossovo et nous voilà avec Irak 2 qui reprend la trame habituelle : gonflage de torse, raidissement patriotique sous la bannière étoilée, appel à la grandeur collective... et qu’on est des cowboys américains virils et responsables, pas des carpettes d’européens pacifistes ou des français pétochards, et qu’on va péter sa gueule à Saddam même si la vérité, manifestement, est ailleurs... et trois ans plus tard on se retrouve avec l’Amérique des veuves et des remords douloureusement confrontée à ses "responsabilités" et plongée dans la stupeur par le retour de la chair à canon prolétaire dans de beaux cercueils recouverts du drapeau de la liberté. Toutes ses mères en larmes expliquant devant les caméra que leur fils handicapé ne peut pas vivre avec la pension misérable que consent à leur octroyer l’armée américaine... sans parler des hordes de psychopathes et de victimes de stress post-traumatique engendrées par cette guerre "asymétrique" où les moyens conventionnels ne permettent pas de prendre le dessus en écrasant l’adversaire sous les décombres, et où la guerre redevient ce qu’elle est, obligeant des garçons qui ont grandi en regardant Transformers à se battre contre des types que la perspective de mourir en martyr pour ce qu’ils estiment être la vérité (qu’elle ne le soit pas est sans importance) ne dérange pas plus qu’un bouton sur la figure. 
    Jusqu’à ce que l’Amérique morale trouve la rédemption dans la figure hautement symbolique d’un président black dont l’état de Grâce planétaire effaça à nouveau toutes les errances meurtrières de l’administration précédente. L’hypocrisie du politiquement correct dans toute sa splendeur. Les Américains ont, certes, une forme de génie. Ils ont compris que quand on avait exterminé un peuple au nom de la religion, déporter et esclavagiser un autre au nom du progrès, et atomiser un troisième pour le gain de la paix, la meilleure manière d’en sortir était encore d’utiliser ce prétexte pour pouvoir s’ériger en prescripteur universel du droit et de la morale. 

    Et qui voit-on aujourd’hui repointer le bout de son nez en Amérique ? Les néocons, qui reprennent idéologiquement le dessus auprès d’une opinion lasse des démocrates, et qui accusent le "faible", "l’hésitant", le "pacifiste" Obama de procrastiner et de rechigner à utiliser la manière forte face aux Russes. Une majorité d’Américains se déclarent à nouveau en phase avec les thèses républicaines en matière de politique étrangère, qui s’échelonnent, pour rappel, de l’invasion arbitraire de pays souverains au soutien de de la guerre nucléaire contre les Russes. Près de 60% d’Américains, selon un sondage récent, soutiennent l’attaque de Gaza, et 43% estiment qu’Israel fait un usage proportionné de la force militaire contre les Palestiniens. Que penser d’un pays où un leader politique déclarant "Ce qu’il faut pour arrêter un méchant avec des armes nucléaires, c’est un gentil avec des armes nucléaires" (Sarah Pallin) est pris au sérieux par une large part de la population ?

    Il me paraît probable que d’ici deux ou trois ans l’opinion publique américaine sera à nouveau retournée et prête à soutenir une nouvelle intervention au nom du patriotisme et du messianisme américain. Ceux qui pleurnichaient hier en considérant Obama comme le Messie seront les premiers à bomber le torse en disant "America first". On l’a un peu vite oublié, mais la politique néoconservatrice faisait l’unanimité en Amérique entre 2001 et 2005. Et c’est uniquement le retour des soldats traumatisés qui a poussé les Américains à se poser des questions, pas ce que les Européens pouvaient en penser ou le calvaire vécu par la population irakienne totalement innocente en l’affaire. 
     
    Bref, je suis un peu agacé par cette démagogie qui consiste à absoudre le "brave peuple américain" des politiques menées par ses élites, sous prétexte que l’américain moyen aurait des valeurs profondes de courage, de liberté et de dignité qui seraient inconnues ailleurs (c’est ce que pensent beaucoup d’Américains au fond d’eux-mêmes malheureusement) ce qui donnerait donc le droit à l’Amérique de les exporter dans le monde entier, si besoin par la force ou le mensonge. Je ne crois pas que l’américain moyen soit ce type "trahi par ses élites" dont les idéaux seraient détournés par une poignée de politiciens conservateurs et de lobbies engendrant une corruption généralisée.

    Nous autres européens, et français tout particulièrement, avons subi un processus de mise en accusation collective impitoyable suite à la seconde guerre mondiale. Nous avons été reconnus coupables, tous autant que nous sommes, de collaboration, de déportation des juifs, de colonialisme, de racisme, de massacre et j’en passe. Nous continuons d’en payer le prix, et nous payons des gens pour nous rappeler à quel point nous avons commis le mal durant notre passé. Valls nous le rappelait encore il y a peu, évoquant une "honte" entachant à jamais la conscience nationale.
     
    Les Américains, eux, sont systématiquement sauvés par leur puritanisme et leur situation dominante. C’est l’idéologie du "born again christian" appliquée méthodiquement à un pays et à une population, en permanence. 

    Je crois donc plutôt que les élites américaines connaissent très bien le fonctionnement binaire et manichéen des américains - typique de cette mentalité puritaine - et savent s’en servir avec cynisme pour promouvoir leur interventionnisme et leurs guerres messianiques à travers le monde. 

    Désolé pour la longueur excessive !



  • 4 votes
    Joe Chip Joe Chip 11 août 2014 14:45

    Rappelons que de Gaulle avait planifié la création d’un consortium européen dans le domaine de l’électronique et des produits informatiques, un peu sur le modèle d’Airbus dans l’aviation. Ce plan (UNIDATA) qui devait permettre l’indépendance et la souveraineté européenne en matière de super ordinateurs et de logiciels, a été abandonné au milieu des années 70 à l’initiative des Français (de Giscard, quoi) dans des circonstances qui restent encore aujourd’hui l’objet de discussions, bien que l’on trouve peu d’informations à ce sujet. En un mot, la base informatique industrielle française fut progressivement nationalisée et périclita sans gloire au début des années 90. 

    Dans l’ouvrage "Milieux économiques et intégration européenne au XXe siècle" les auteurs précisent que c’est "la solution américaine" qui a finalement été retenue par Giscard avec l’entrée de la société américaine HONEYWELL au capital de BULL, contre l’opposition et l’opinion publique, dans un scénario qui rappelle un peu l’actualité récente autour de la vente d’une partie des activités d’Alstom.

    En décembre 1975, peu après la dénonciation unilatérale de l’accord UNIDATA par Giscard d’Estaing, la France signait un accord avec le gouvernement américain. La CII était absorbée par HONEYWELL-BULL et le futur consortium européen - concurrent désigné d’IBM et, ultérieurement, de Microsoft - disparaissait sans laisser de traces dans l’avenir. 

    Tout le reste en découle. L’auteur de l’article qui voudrait remonter 15 ans en arrière devrait plutôt remonter 40 ans en arrière pour comprendre tous les enjeux liés à cette affaire.

    Incroyable de constater à quel point toutes les merdes que la France connaît aujourd’hui trouvent leur point d’origine dans la période de l’après-gaullisme. 



  • 6 votes
    Joe Chip Joe Chip 10 juillet 2014 21:30

    Je suis déçu. Sur la dernière vidéo subversive des FEMEN il y avait - enfin - l’une d’entre elles qui arborait une magnifique paire de gros seins, ce qui donnait un poids supplémentaire à leurs arguments tout en contribuant à renforcer la crédibilité du combat féministe auprès du public masculin. Mais là on a encore le droit aux mochetés qu’on s’en fout de les voir à poil, aux hystero maigrichonnes et aux œufs sur le plat de l’Ukrainienne que l’on a déjà vus dans tous les médias, il y en a marre.

    Oui à la subversion féministe, mais le message passe mieux avec deux gros obus SVP.

     



  • 4 votes
    Joe Chip Joe Chip 10 juillet 2014 20:36

    "Waterloo, c’est la fin de l’hégémonie française sur l’Europe et sur le monde"

    Vision franco-française de l’histoire qui n’est pas inexacte mais qu’il convient de remettre en perspective.

    La domination des anglo-saxons sur le monde était acquise bien avant Waterloo et même avant le désastreux traité de Paris (1763) dont aucun français, à l’époque, ne saisit d’ailleurs la portée historique. On croit au contraire avoir sauvegardé l’essentiel sur le continent et limité la casse sur les mers en conservant quelques colonies subalternes sur le plan politique, mais économiquement viables (à l’époque...). On est satisfait. La France reste, à l’heure du jour, la référence culturelle en Europe et personne n’est alors en mesure de comprendre l’ampleur et les conséquences à long terme de la victoire anglaise. Si les Français accusent le coup et aspirent à prendre une revanche sur les mers, c’est avant tout pour rétablir notre "prestige" écorné par le traité de Paris. Voltaire évoque négligemment des "arpents de neige" sans valeur pour décrire la Nouvelle-France. Il n’y a donc aucune conscience de perte irréparable et encore moins d’avoir abandonné la marche du monde aux anglo-saxons. Ce n’est qu’a posteriori - et donc anachroniquement - que l’on peut tenter une lecture de l’histoire sur fond d’enjeux liés à la "mondialisation" au sens contemporain du terme.

    D’ailleurs, la France a eu une "seconde chance" en Amérique quand l’Espagne lui a rétrocédé la Louisiane (perdue en 1762). Certains responsables américains comme Alexander Hamilton étaient d’ailleurs persuadés que les Français en profiteraient pour reprendre pied en Amérique, et voulaient se préparer à une guerre ouverte contre la France. Peine perdue. Napoléon, totalement accaparé par sa politique continentale, vendit finalement la Louisiane aux Américains en 1803... pour financer les guerres "glorieuses" en Europe. 

    Les faits plaident plutôt en faveur d’une domination logique et inéluctable de l’Angleterre sur les océans, que l’opposition française - toujours partielle, en raison des luttes continentales mobilisant une part importante de nos ressources - ne put jamais vraiment remettre en question :
    - de par sa situation insulaire, qui déterminait largement ses choix en matière de politique extérieure et commerciale, l’Angleterre était vouée à la domination maritime et commerciale
    - les actes de navigation (remontant à 1650 quand même) qui plaçaient de facto les principales voies commerciales sous souveraineté anglaise en posant les bases de la "mondialisation"
    - la défaite finale de la Hollande aux termes d’une âpre guerre maritime qui laissait l’Angleterre sans rivale commerciale sur les mers. Cette défaite est sans doute plus importante à l’échelle mondiale que la perte des colonies françaises en Amérique, qui était inscrite dans une certaine logique historique : territoire trop vaste, colons trop peu nombreux, désintérêt relatif mais objectif des élites françaises (les Québecois en savent quelque chose...) 

    Waterloo n’est absolument pas la cause du déclin français, c’est une coda placée à la fin de la Révolution. Cette défaite ne fait que sanctionner un déclassement historique inscrit dans une durée relativement longue et que "l’épopée impériale" ne fit que reporter au prix d’une fuite en avant permanente dictée par la politique providentielle d’un seul homme. A partir du moment où Napoléon perdait sa flotte (Trafalgar) et ne pouvait plus espérer vaincre l’Angleterre, mais seulement l’affaiblir - et même assez considérablement quand on voit l’état des finances du pays en 1812 -, tout était joué. Ce n’est pas pour rien que le "Trafalgar Day" était fêté partout dans l’Empire Britannique jusqu’à la première guerre mondiale. Nous sommes alors en 1805. Napoléon chute en 1813. Cela lui laissait au moins cinq bonnes années pour redevenir humain et écouter les voix prudentes de la diplomatie qui commençaient à pointer les impasses de sa politique étrangère. Une négociation engagée avec l’Angleterre autour du sort de la Belgique - le seul vrai enjeu sur le plan continental - alors qu’il était encore dans une position de force, lui aurait peut-être permis de conserver les acquis de la période révolutionnaire, et notamment cette précieuse rive gauche du Rhin qui nous aurait mis à l’abri des agressions ultérieures. 

    Napoléon, ivre de son propre personnage, choisit la fuite en avant et un bras de fer avec l’Angleterre qu’il n’avait pas les moyens de gagner, mais qu’il pouvait ne pas perdre. Cela ne sert à rien de sacrifier des millions de vie humaines - et, accessoirement, françaises - face à un adversaire qui contrôle le commerce mondial et la banque, pouvant ainsi financer à crédit son effort de guerre en s’achetant des alliés (la très prévisible "trahison" russe qui révèle quand même la naïveté toute roturière de Napoléon face à un personnage qu’il estimait être son "égal"). En outre l’échec des cent jours redouble en 1815 les conséquences déjà sinistres de la retraite de Russie. Sur le plan symbolique, Napoléon laisse une France durablement détestée en Europe, alors qu’elle était encore perçue comme un phare avancé de la civilisation 15 ans auparavant. Asselineau a raison sur ce point, l’Empire a été par bien des aspects une trahison de ce qu’incarnait la France.



  • 3 votes
    Joe Chip Joe Chip 1er juillet 2014 15:27

    Le changement, c’est maintenant, espèce de vilain réac.

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