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Est-ce qu’il y a d’autres intellectuels qui défendent l’idée que les nazis étaient des anti-étatistes ? L’idée est intéressante mais ne me semble pas très crédible, hormis en tant que théorie alternative.
Je ne nie pas que certains intellectuels d’avant-garde théorisaient la désagrégation de l’Etat mais dans la pratique le nazisme reste assez proche du fascisme dans sa conception centrale et organisatrice du rôle de l’Etat. C’est à travers l’Etat et l’extension de ses prérogatives que les nazis mettent en place leurs politiques, et rien ne semble indiquer qu’Hitler envisageait de démanteler l’Etat au profit de la création d’"agences" sur le modèle néolibéral actuel.
On sait très bien qu’Hitler lui-même maintenait à distance et parfois sous surveillance les éléments les plus exaltés du régime, utiles pour mener à bien certaines tâches, mais tenus à l’écart du pouvoir qui privilégiait les fonctionnaires zélés (autre signe d’"étatisme").
L’exemple le plus caractéristique de ce décalage entre la théorie et la réalité est le soi-disant "mysticisme nazi" qui a fait coulé beaucoup d’encre et alimenté beaucoup de fantasmes mais qui n’était en fin de compte qu’une sorte de lubie décadente et romantique partagée au sein de "sociétés initiatiques" par des officiers SS et quelques anthropologues et historiens germanistes dont Hitler méprisait les travaux. Pour le Führer, les histoires d’aryens se livrant à d’obscurs rituels au fin fond des forêts de Germanie étaient un folklore ridicule, voire nuisible. Tout comme Schmitt, il avait pour modèle l’imperium et Rome, pas les délires volkish des milieux conservateurs intellectuels du XIXème siècle.
Il me semble qu’Asselineau a commis une erreur similaire sur le cas Hallstein en s’acharnant à vouloir démontrer que le type était un idéologue attelé à la construction juridique d’une Europe nazie alors qu’il était au plus un rouage de l’appareil d’Etat allemand.
Bonne synthèse sinon.
@pegase
On va dissiper quelques brumes des îles britanniques
1) L’Angleterre et le Royaume-Uni, ce n’est pas la même chose.
2) C’est l’île de Man et pas "l’ïle du Man"
3) L’ïle de Man ne fait pas partie du Royaume-Uni, et encore moins de l’Angleterre. Le statut de l’île de Man est très particulier et relève clairement d’une exception (dépendance de la monarchie britannique)
Donc ça n’a rien à voir, on parle ici d’un pays dans son ensemble et non de quelques enclaves juridiques permettant de truander le fisc ou de faire de la finance offshore.
Si tu veux trouver des équivalents, il vaut mieux prendre la Suisse ou Singapour comme points de références, et que Johnson donne souvent à titre d’exemple.
@maQiavel
Ce sont les boomers, pas les "bommers"
Sinon sur le fond cet argument est réversible, on peut aussi l’interpréter dans le sens d’un égoïsme grandissant d’une partie de la jeunesse. Ce qui est vraiment préoccupant, c’est la fracture entre des catégories de la population dont les intérêts ne sont pas ou ne devraient pas être opposés dans le champ politique.
Les libéraux poussent d’ailleurs actuellement la jeunesse à dénoncer les privilèges réels ou supposés des baby-boomers. Le pire, c’est l’accusation d’avoir épuisé les ressources et l’environnement qui prête à sourire quand on connaît les comportements de consommateurs compulsifs de cette génération et leurs addictions multiples à travers le numérique (hyperpolluant, énergivore et néfaste pour l’environnement).
On voit bien l’arnaque : convaincre des jeunes dont les possibilités d’insertion se réduisent et les conditions de vie se précarisent que leurs difficultés sont liées à des privilèges délirants que les générations précédentes se seraient octroyés sur le dos des générations suivantes, épuisant les ressources et les systèmes sociaux. Avec derrière ces "memes" apparemment ironiques et légers la tentation bien réelle pour les élites de jeter les catégories sociales les unes contre les autres, les jeunes contre les vieux, les "z" contre les "boomers", les "mâles blancs" contre la "diversité" ; ce serait l’ultime échappatoire d’un système à bout de souffle pour justifier les arbitrages des politiques d’austérité sans les remettre en question, et détruire une bonne fois pour toute le modèle social français basé sur la notion de de solidarité intergénérationnelle pour le remplacer par un vrai modèle individualiste où chacun capitalisera pour son propre compte, qu’il s’agisse de protection sociale ou de retraite (à points d’abord, puis le système va évoluer progressivement vers la capitalisation individuelle).
Parmi les "boomers" beaucoup n’ont pas eu les opportunités qu’ont actuellement la jeunesse et ont le sentiment d’avoir passé une vie au travail sans rien demander en retour. Certains répondent — non sans légitimité — qu’ils n’ont pas fait d’étude et se sont contentés de prendre les opportunités qu’il y avait autour d’eux. Sans même parler des années consacrées au service militaire... qu’est qu’il dirait les gamers de la génération Z si on les prenait par la peau du cul pour les coller pendant un an ou deux dans un dortoir et jouer aux bidasses ? La démocratisation des études supérieures, perçue comme un phénomène positif, a aussi décuplé la concurrence à l’entrée du marché de l’emploi alors qu’il n’y a plus assez d’emplois "intellectuels" à pourvoir dans les grandes villes avec l’informatisation et la rationalisation des services. En outre, cette démocratisation s’est accompagné aussi d’un nivellement par le bas, tout particulièrement en France où le niveau s’est effondré en 40 ans dans les matières fondamentales.
Les "boomers" ont consommé, certes, mais c’est aussi le système qui s’équilibrait de cette manière. Comme l’écrivait Baudrillard "comme la société du Moyen-Âge s’équilibrait sur Dieu ET sur le diable, ainsi la nôtre s’équilibre sur la consommation ET sur sa dénonciation."
Ce n’est pas le moindre paradoxe de tous ses jeunes qui croient par exemple échapper à l’hyperconsommation alors qu’ils ont accès quasiment gratuitement et de manière instantanée à une infinité de biens de consommation pour lesquels il fallait payer et bien souvent économiser autrefois.
On pourrait aussi citer tous les services sociaux et publics assumés désormais par la génération des baby-boomers : garde des petits enfants, financement des études, aide matérielle ou financière...
La querelle des jeunes et des vieux, c’est donc vieux comme le monde et une condition aussi du renouvellement des modes de pensées. La nouveauté, c’est cette notion de parasitisme générationnel associée à des préoccupations climatiques.
Moi je suis très soft, si vous écoutiez ce que les gens de mon âge disent des bommers, vous n’en reviendriez pas. Même les propos des identitaires sur les maghrébins sont moins outranciers. Beaucoup en arrivent même à fantasmer des canicules records et comptent sur le réchauffement climatique pour régler rapidement la question, c’est pour dire.
Ouais, en gros leur truc c’est le socialisme attalien. Une société hyperindividualiste où la démographie doit servir de variable d’ajustement au marché. Le problème, c’est que les jeunes finissent par devenir vieux à leur tour donc...
@Qamarad
Sur le côté néo-libéral, qu’est-ce qui vous fait dire cela ?
Euh je ne vais pas vous mâcher le travail, vous n’avez qu’à consulter le programme de Johnson, lire la presse britannique et décortiquer les manifestes et discours de ses plus proches collaborateurs (notamment Dominic Cummings le plus exalté et son plus proche conseiller) qui sont tous d’ardents défenseurs des réformes de Thatcher et des théories néolibérales.
Le programme de Johnson ("global britiain") consiste à sortir le RU de l’Europe pour en faire une plateforme ouverte à la concurrence mondiale, en baissant la fiscalité des riches et des entreprises et en achevant le démantèlement du modèle social britannique initié par Thatcher. Johnson n’a que Thatcher à la bouche, et Thatcher, c’est du néolibéralisme teinté de conservatisme sociétal, bien dans la tradition des élites britanniques.
Johnson est un pur produit des élites britanniques torries qui sait parfaitement manier un double discours adressant à la fois les angoisses des catégories lésées par la mondialisation ("little englanders") et les demandes économiques de la City. Il est la parfaite incarnation de ce populisme libéral qui permet à la classe politique dominante de détourner à son profit le désarroi de la classe moyenne occidentale. Macron avait déjà été élu sur cette plateforme en 2017, en prenant des postures populistes "ni droite ni gauche" et "antisystème" qui lui avait permis de séduire une large partie de la classe moyenne.
Les discours sur le NHS et l’éducation sont de la pure démagogie, Johnson étant réputé pour son cynisme politicien et sa capacité à dire tout et son contraire en fonction de son intérêt et des circonstances politiques (il a été successivement anti et pro brexit).
@Pyrathome
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