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  • Premier article le 21/09/2013
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    micnet 19 février 2015 22:35

    @MaQ et Gollum


    Bonsoir messieurs,

    Tout d’abord, désolé d’avoir été aux abonnés absents ces 3 derniers jour mais j’étais en déplacement professionnel à l’étranger et j’ai eu des soucis de connexion. Impossible de poster un seul commentaire ! Du coup j’enrageais car je lisais vos échanges fort passionnants sans avoir la possibilité de réagir.

    @MaQ

    J’ai lu avec attention vos derniers messages à Gollum et je trouve qu’ils sont vraiment très intéressants ! En fait, ces messages me confortent dans l’idée que je me faisais de votre positionnement depuis assez longtemps : vous êtes ce qu’on appelle un "anarchiste-chrétien" et je dirais même que vous êtes un "Ellulien" sur beaucoup de points (et vous savez que j’aime beaucoup Jacques Ellul) en ce sens que toute forme de pouvoir vous semble malsaine (au sens spirituel et pas moral, j’entends) ! 
    La question de fond étant : est-il possible d’avoir une réelle vie spirituelle riche tout en exerçant un pouvoir ? Votre réponse est clairement "non" et n’appelle aucune discussion.
    En fait, c’est assez compliqué d’échanger là-dessus car d’emblée vous partez du principe que toute personne exerçant un pouvoir le fait forcément pour son intérêt personnel et par volonté de domination et en aucun cas par souci d’intérêt général.
    Permettez-moi quelques remarques ; d’une part je trouve que vous êtes beaucoup trop binaire sur cette question car l’être humain en général et l’homme de pouvoir en particulier (même le plus mauvais) est plus complexe que cela et ne peut être réductible à une simple volonté de domination de ses semblables.
    Mais surtout, je pense que vous vous fourvoyez lorsque vous affirmez que la spiritualité n’est pas du tout compatible avec la politique et le pouvoir ! Vous citez le Christ et son fameux "rendez à César..." mais en quoi cette phrase constitue-t-elle une condamnation de la politique ?
    Et j’en arrive à l’essentiel : en tant que chrétien, j’imagine que vous reconnaissez l’autorité de l’Ancien Testament, n’est-ce pas ? (Sauf à me dire qu’en fait vous êtes marcioniste et que l’AT serait à jeter à la poubelle mais je ne crois pas que ce soit votre position). Et bien si toute forme de spiritualité est incompatible avec le pouvoir alors comment expliquez-vous que Dieu ait choisi des rois au sein du peuple d’Israël ? Comment expliquer que l’Ancien Testament qui constitue la base du monothéisme, reconnu aussi bien par la Bible que par le Coran, insiste autant sur la grandeur des rois David et Salomon (pour ne citer qu’eux), représentants de la Loi divine auprès de leur peuple ? En toute sincérité, cela ne vous interroge pas ?
    Enfin, je suis d’accord sur le fait que la recherche de la Puissance est malsaine et constitue même, d’un point de vue symbolique, "le péché originel". Mais vous avez juste omis de préciser que c’est la recherche de la puissance pour soi-même qui est condamnée. Pas le pouvoir en tant que tel qui, s’il est mis au service de l’intérêt général, est bénéfique.

    @Gollum

    "quand j’entends des "chrétiens" dirent qu’ils sont d’accord avec la laïcité et donc avec la séparation du religieux et du politique je dis qu’ils n’ont rien compris au film"

    ---> Mon cher Gollum, je crois que nous avons là un vrai point de désaccord, encore que, peut-être pas ? C’est à voir ! Tout dépend de ce qu’on entend par "laïcité".
    Pour ma part, la laïcité "à la Française" (qui n’est pas celle des anglo-saxons par exemple) correspond au fait que la spiritualité est affaire personnelle et intime et n’a pas à se manifester dans l’espace public. C’est ainsi que je la comprends et lorsque je lis les Evangiles, c’est tout à fait ce que je comprends aussi du Christ, non seulement au-travers du fameux "rendez à César..." mais aussi lorsqu’il invite tout un chacun à " s’enfermer dans sa chambre et à prier dans le secret de son coeur".
    Là où j’ai un désaccord de fond avec MaQ, c’est sur le fait que, selon moi, on peut parfaitement exercer le pouvoir tout en ayant une authentique vie spirituelle intérieure. Pour tout vous dire, je pense même que l’authenticité d’une vie spirituelle demande suffisamment d’humilité pour ne pas être manifestée au grand jour. on est toujours confronté au problème du "paraître" et de "l’être" !



  • 1 vote
    micnet 16 février 2015 23:55

    @MaQ
    ""Imaginer une défaite de l’Allemagne dès 1940 n’était en rien utopique vu le contexte géopolitique et des rapports de force internationaux. "

    ---> Imaginer une défaite de l’Allemagne paraissait totalement improbable à la quasi-totalité des dirigeants de l’époque ! Pourquoi étaient-ils aussi peu nombreux à entrer dans la résistance (ou plus exactement "les" résistances") et à rejoindre De Gaulle si les rapports de force étaient équilibrés selon vous ?

    Et puisque l’on évoquait l’aspect mystique des utopies, auxquelles vous ne croyez pas, comment expliquez-vous dans ce cas que les tous premiers résistants à avoir rejoint De Gaulle étaient pour la plupart des chrétiens et des royalistes ?


  • 1 vote
    micnet 16 février 2015 23:23
    @MaQ

    "Attention, pour Rousseau, le gouvernement ne doit pas être représentatif.

    La raison pour laquelle il vilipende les régimes représentatifs, c’est que dans son système, la souveraineté ne peut pas être représentée."


    ---> Mais sincèrement, ce n’est pas du tout ce qu’il écrit dans le chapitre que je vous ai cité plus haut. D’ailleurs, il écrit même clairement que la démocratie (au sens de démocratie directe) pour le coup est vraiment une utopie, contrairement d’ailleurs à l’ Aristocratie (élective) qu’il décrit comme le meilleur régime !


    Sur le chapitre consacré à La Démocratie :


    "A prendre le terme dans la rigueur de l’acception, il n’a jamais existé de véritable Démocratie et il n’en existera jamais. Il est contre l’ordre naturel que le grand nombre gouverne et que le petit soit gouverné. On ne peut imaginer que le peuple reste incessamment assemblé pour vaquer aux affaires publiqes, et l’on voit aisément qu’il ne saurait établir pour cela des commissions sans que la forme de l’Administration change"


    Et sur l’Aristocratie : 


    " Outre l’avantage de la distinction des deux pouvoirs, l’aristocratie a celui du choix de ses membres ; car dans le gouvernement populaire, tous les citoyens naissent magistrats, mais celui-ci les borne à un petit nombre, et ils ne le deviennent que par élection...C’est l’ordre le meilleur et le plus naturel que les plus sages gouvernent la multitude, quand on est sûr qu’ils la gouverneront pour son profit et non pour le leur"


    "Le gouvernement ne représente pas le souverain, il ne parle même pas en son nom"


    ---> Mais si ! C’est justement ce que dit Rousseau dans la citation que j’ai mise en exergue dans mon commentaire précédent, relisez-la :

    "bien que le gouvernement puisse régler sa police intérieure comme il lui plaît, il ne peut jamais parler au peuple qu’au nom du Souverain"


    "Mais si mon idéal n’est pas réalisable, je peux militer pour quelque chose de plus réaliste et de pas trop éloigné de mon utopie : par exemple pour la mise en place de référendum d’initiative populaire, pour des chambres tirés au sort etc."


    ---> Voilà, donc j’avais bien compris votre propos ! Bien sûr que par définition, une utopie n’est pas réalisable dans son intégralité. D’une certaine manière, une utopie se définit comme une asymptote que l’on n’atteint jamais mais dont on essaie progressivement de se rapprocher à chaque fois un peu plus. C’est cela qui sous-tend les actions des hommes politiques qui possédent une utopie en eux.

    Et c’est pour cela que les mécanismes de l’Histoire ne s’expliquent pas seulement par la simple prise en compte des réalités mais AUSSI par cette part d’irrationnel utopique qui incitent certains hommes à prendre des risques au-delà du "raisonnable".


    "Moi je suis intéressé. J’aimerai bien connaître un historien qui affirmerait que les régimes représentatifs ont été voulu démocratiques."


    ---> Il se trouve que c’est le cas de la plupart des historiens actuels, comme par exemple celui-ci qui est professeur au Grand collège de France

    http://www.epibesancon.fr/Contrib_react_CR_Debats/legitimite_democratique.p df


    En fait, lorsque vous parlez de démocratie, vous entendez "démocratie directe" et il est bien évident que sous cette acception, la démocratie n’a jamais existé. C’est pour ça que j’ai expliqué dès le début que les régimes représentatifs ne sont pas des démocraties au sens stricto sensu ! Mais aujourd’hui, la plupart des historiens et constitutionnalistes parlent de "démocratie représentative" et expliquent d’ailleurs que ce terme fait évidemment débat ! 

    Et comme ce régime n’est ni une vraie démocratie, ni une vraie aristocratie, les constitutionnalistes ont trouvé lé meilleur compromis (ou le moins mauvais) pour utiliser ce terme.


    "Je veux parler des politiques qui l’ont mit en place comme par exemple Sieyes en France , Thomas Jefferson aux USA etc."


    ---> Je ne me prononcerai pas sur les USA car je ne connais pas bien mais en revanche, concernant la France, si vous me dites que c’est Sieyès qui s’est imposé par rapport à Rousseau alors je m’inscris en faux ! Entre le "suffrage universel" cher à Rousseau et le "suffrage censitaire", cher à Sieyès, c’est tout de même le premier qui l’a emporté, ce qui n’est pas un point négligeable, vous en conviendrez j’espère ?

    Par ailleurs, je puis vous garantir que la plupart des gens connaissent Rousseau mais que très peu ont entendu parler de Sieyès ! L’enseignement dans nos écoles publiques fait la part belle à Rousseau comparée à l’autre. Là aussi, c’est assez peu contestable.


    "Moi je ne crois pas en ces histoires, ce sont des contes de fée, les hommes se servent de notion valeur prétendument transcendante pour légitimer leur pouvoir"


    ---> Et bien je pense que vous avez tort de ne pas croire que la plupart des hommes qui ont marqué l’histoire (ceux que j’ai cités, entre autres) n’avaient pas ce genre de valeur. Mais bon, là c’est une question de conviction personnelle.




  • 1 vote
    micnet 16 février 2015 20:49

    Mon cher MaQ, vous essayez tant bien que mal de vous raccrocher aux branches car cet exemple de De Gaulle contredit votre prisme d’analyse qui repose essentiellement sur la prise en compte des réalités et des rapports de force smiley

    Vous l’admettez en pointillés d’ailleurs puisque vous reconnaissez vous-même que De Gaulle a "pris des risques". Du reste, vous ne pouvez pas faire autrement car si vous regardez les choses telles qu’elles sont, suivant votre propre logique, les rapports de force en juin 40 et le principe de réalité faisaient pencher tout naturellement la balance en faveur de la collaboration avec l’Allemagne. La France venait de subir l’une des plus grandes défaites de son histoire et était complètement à terre. C’est si vrai que les résistants de cette période se comptaient sur les doigts d’une main. D’ailleurs, je vais vous faire un aveu : avec les connaissances que j’ai maintenant de cette période, je crois sincèrement que j’aurais aussi pris le parti de Pétain, n’étant pas assez "utopique" pour croire à une potentielle victoire de la France à ce moment là. Et pourtant, comme vous le savez, je suis gaulliste, c’est vous dire smiley

    "Entrer en résistance était un excellent calcul politique, en petit ou un grand nombre, peu importe, ce ne sont pas ces troupes qui de toute façon pouvaient battre l’ Allemagne."

    ---> Je vous réponds que "entrer en collaboration était un excellent calcul politique car en petit ou en grand nombre, ce ne sont pas ces troupes qui de toute façon pouvaient battre l’Allemagne". Je trouve que c’est beaucoup plus crédible énoncé comme ça smiley

    "Je n’essaie pas de descendre de Gaule mais la pureté dans le combat politique n’existe pas et n’existera jamais, cette perception romantique de la politique est juvénile et naïve."

    ---> Qui a parlé de "pureté politique" ? Dans cet échange, il n’est question que des notions d’utopie et de réalisme politique.



  • vote
    micnet 16 février 2015 20:24
    @MaQ

    "Le krátos, Grec est une divinité personnifiant la Puissance, le Pouvoir, la Force, la Vigueur ou la Solidité. Ceux qui exerçaient le krátos dans citéc’était le gouvernement, raison pour laquelle démocratie signifie « gouvernement du peuple. »

    ---> "Gouvernement DU peuple" ne signifie pas que c’est le peuple lui-même qui gouverne mais que le gouvernement est issu du peuple ! 

    "Pour Rousseau, dans les régimes représentatifs, ce n’ est pas le peuple qui est souverain ,(raison pour laquelle il abhorrait les régimes représentatifs). Voir le chapitre du contrat social « des députés ou des représentants ».

    -> Je relirai ce chapitre en détails mais si ce que vous affirmez est exact, dans ce cas c’est Rousseau qui se contredit lui-même car dans un autre chapître (ch V) qui se trouve dans le livre III intitulé " De l’Aristocratie" où il distingue précisément le "Souverain (= le peuple)" du Gouvernement (issu de ce peuple, donc représentatif), voici exactement ce qu’il écrit :

    "Nous avons ici 2 personnes morales très distinctes, à savoir le Gouvernement et le Souverain et par conséquent deux volontés générales, l’une par rapport à tous les citoyens, l’autre seulement pour les membres de l’administration. Ainsi, bien que le Gouvernement puisse régler sa police intérieure comme il lui plait, il ne peut jamais parler au peuple qu’au nom du Souverain, c’est à dire au nom du peuple lui-même, ce qu’il ne faut jamais oublier"

    Donc cet extrait contredit ce que vous affirmez, à savoir que le peuple n’est pas souverain dans les régimes représentatifs, est inexact. Ce qui est vrai en revanche, c’est que Rousseau associe la représentativité à l’Aristocratie ! Mais là aussi, il faut aller plus avant dans le détail car il distingue 3 formes d’Aristocratie (toujours dans le même chapitre : "l’aristocratie naturelle" (celle à laquelle je me réfère), "l’aristocratie élective" (ce qu’on appelle une démocratie représentative aujourd’hui) et qui a la préférence de Rousseau et "l’Aristocratie héréditaire"

    "Peu importe, il pourrait être engagé à l’extrême droite que cela ne me choquerai pas. "

    ---> Ben si c’est très important de le savoir puisque sa manière de présenter l’Histoire relève de son idéologie ! Je pourrais vous citer d’autres spécialistes ayant une idéologie différente de la sienne et donc une approche de l’Histoire toute aussi différente

    "Est-ce qu’ en se référant aux discours des pères fondateurs du régime représentatif , peut on dire que leur intention était de mettre en place une démocratie ? La réponse est clairement non, ils étaient farouchement opposés à la démocratie."

    -> Mais qui appelez-vous les "pères fondateurs" de notre régime représentatif ? Je ne comprends pas bien. Pour moi, les pères fondateurs sont précisément ceux que vous avez cités plus haut à savoir Rousseau et Montesquieu, (c’est en tout cas ceux que l’on enseigne dans nos écoles) et je ne crois pas savoir qu’ils étaient opposés à la démocratie, si ?

    - " 

    Et vous ne dites rien sur les autres sources que je vous ai mises"


    ---> Vous voulez parler sans doute de Mediapart (très engagé à droite comme chacun sait) et de Dupuis-Deri (très à droite lui aussi) smiley


    "L’utopie découle d’une construction théorique. C’est elle qui va donner l’impulsion pour se lancer dans l’action politique. Mais une fois que cette utopie se confronte au réel, c’est au contraire elle qui se subordonne au principe de réalité : faire ce que l’on peut faire comme on peut le faire avec les moyens dont on dispose, dans les circonstances dans lesquelles on se trouve."


    ---> Je vous assure que cette phrase est totalement paradoxale puisque vous admettez d’une part que l’utopie précède l’action politique et lui ’donne même son impulsion’, ce qui signifie qu’elle constitue le but final de toute action politique (ou bien si ce n’est pas le fond de votre pensée, il faut vous exprimer autrement) mais que c’est elle qui se subordonne au principe de réalité ! Une utopie subordonnée à l’action politique, par définition, n’a aucune raison d’être.

    En fait, je crois comprendre ce que vous voulez dire : pour concrétiser une utopie, il faut que sa mise en forme s’appuie des principes de réalité ! C’est bien cela ? Mais ça ne change rien au fait que c’est l’utopie qui constitue le but ultime de l’action politique !


    "Et vous pensez qu’il n’existe pas de mysticisme marchand et purement matérialiste ? Vous pouvez considérer que ce mysticisme est mauvais, c’est votre droit mais cela reste un mysticisme, une utopie et un idéal."


    ---> Tout dépend de ce que vous appelez "mysticisme" mais pour moi, il s’agit d’une verticalité ou d’une transcendance ! Le mysticisme des nations plaçait la foi en Dieu au-dessus de l’intérêt particulier des individus. Ce que vous appelez le "mysticisme marchand" est d’ordre "horizontal" puisque s’appuyant sur l’individualisme et le règne de l’individu-roi. Vous voyez bien que cela n’a rien à voir


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