Merci, j’ai lu. J’ai cherché si Evola a fait de l’alpinisme, car il décrit très bien ce qui se passe, pendant qu’on grimpe. Mais je n’ai pas trouvé. Après, tout ça est un peu trop d’honneur pour moi, je ne sais pas. Une nuance : c’est du dépassement de soi, oui, c’est évident. Le caractère héroïque ne me parle pas tellement, mais ça peut très bien parler à d’autres. C’est plutôt quelque chose comme un ensemble : solitude (au sens solaire) , liberté (complète de corps et d’esprit) , et surtout la connexion qui vient : le caillou, sa solidité extrême, (et son toucher) la falaise, le grand, air, le soleil, la nature vivante, et c’est toute une sensibilité particulière qui vient. Et cette sensibilité là m’est acquise, maintenant. Le retour le soir à la ville où j’habitais était tranquille. Mais c’était l’entrée dans la ville pour moi qui était le moment de turbulences : je quittais cette sérénité que j’avais en moi après la journée d’escalade.
Bon, si vous y tenez. Mais moi, quand je fais de la cuisine, je ne fais pas de la laïcité. Je m’en fous de ça, j’en ai rien à battre. Je fais du sens : c’est organique, je sais d’où ça vient : mon jardin dont je m’occupe, du voisin avec qui on se suit. C’est pas de la matière morte et anonyme d’un linéaire de supermarché. Et tout le reste, comme j’ai expliqué. Je fais mon cosmos, je me fout de la laïcité. On aime Gaïa, c’est plus bandant, plus sain que "non clergé".
De moi à vous, j’ai l’impression que vous battez avec des mots et perdez votre temps avec ça alors que vous avez des choses intéressantes derrière avec lesquelles je suis d’accord.
Je vais essayer de ranger devant vous. On est d’accord, tous les deux qu’il faut l’équilibre matière-esprit. On est ok que le monisme est la voie de la sagesse. Pour arriver à cela, on a eu un désordre dans notre histoire.
Période 1 : monothéisme. La religion s’est emparé de notre esprit, lui a foutu l’âme dedans qui ne nous appartient pas mais appartient à Dieu. Le deal sur Terre : la matière, c’est péché, tentations, caca, etc... Le jeu : vous résistez à tout cas et alors après la mort : c’est le paradis et l’extase. Torture mentale et torture physique qui ne peut pas respirer comme il lui convient.
Période 2 : Depuis la Révolution Française Ras le bol la religion, on jette ça. Sauf que : en jetant la religion, on a jeté l’esprit qui va avec (bébé avec l’eau du bain). Alors qu’on a tous besoin de respiration de notre esprit, comme du corps , c’est normal. Mais aussi : une spiritualité, ça ce s’invente pas avec un claquement de doigts, on le voit bien ici. C’est difficile. Alors Robespierre a essayé un truc : le Culte de la Raison : on va devenir des gens sages, des gens biens des gens bons (Herta). D’ailleurs, on retrouve un peu le platonicisme idéel. Mais ça n’a pas tenu, son truc. Ce n’est pas un reproche à Robespierre, c’est comme ça, il a essayé. Puis c’est devenu la science, en plus avec le révolution industrielle. Qui en plus a été fabuleuse (électricité, eau courante, train, etc...) . Tout ca était chouette. Puis la 1ère guerre mondiale, la science fait aussi de chouette bombes... Coup de calgon. Parce que la science, ça n’apporte pas que du bien. Ce n’est pas automatique. Science sans conscience : il est où l’esprit ? Eh ben il n’y a plus. Le monothéisme catho avait ce garde fou, mais c’était aussi écrasant, pas intelligent. Et on a continué sans esprit jusqu’à aujourd’hui, des poulets sans têtes, mais sans même savoir qu’on n’a plus de tête. Allez parler d’esprit, maintenant, autour de vous ; c’est catho, c’est guru, c’est charlatan. Les gens devenus matérialistes ne se rendent même plus compte comme ils le sont devenus.
Donc, oui, je rappelle : monisme ) matière + esprit. Mais le virage à prendre n’est pas plus vers la matière. On crève de l’avoir, de l’obsolescence programmée, de la science qui ne réfléchit pas, de nos matières vivantes qu’on considère comme mortes : QR code, Puces, implants, transhumains dont on fait n’importe quoi, changer de sexe, en faire des robots, du bétail, etc....
Le virage à prendre est vers l’esprit, pour un retour à l’équilibre matière + esprit.
Moi, dans un champ à coté de chez moi, il y a une
pierre. Cette pierre est sacrée pour moi. J’ai une histoire avec. Je suis prêt
à mourir pour cette pierre. Je prie cette pierre à chaque pleine lune.
C’est ma spiritualité.
Eh bien, oui, tout votre paragraphe est
intéressant. C’est même le genre d’endroit où je vis. Je vis avec des
communautés de gens qui ont cartographié leurs territoires, avec des endroits
ceci des endroits cela, il faut éviter comme ci, faire comme cela. Et il m’est
arrivé des trucs bien bien bien étranges. Est-ce le groupe qui fabrique l’égrégore
ou est-ce la nature qui parle ? Je pense réellement un dialogue entre les
deux. Et pour moi, c’est plus que chouette de vivre dans un monde habité. Je ne
préciserai pas plus sur le site (vu l’état dans lequel il est) et par ailleurs ce sont
des gens que je respecte (et ça fabrique du puissant respect, c’est
inestimable).
.
En parlant caillou, j’en profite pour récupérer
un extrait :
Les sportifs de l’extrême ne sont pas (sauf qq
exceptions comme Patrick Edlinger) en recherche de spiritualité. Ils ne se
confrontent pas à la mort en tant qu’exercice spirituel, sinon, bah, une fois
que c’est fait ils passeraient à autre chose. Non l’objectif c’est bien
"sensuel" donc matériel. Le risque de mort n’est qu’une externalité.
C’est pas dans un but de grandir spirituellement qu’ils font ça, c’est pour le
fun.
J’ai pratiqué l’escalade, c’est très au dessus de tous les sports
que j’ai pu toucher. Si c’est
sensuel, oui, peut-être, ça ne me gène pas. En passant si vous avez été en
Inde, je pense que vous avez vu ce qu’il y a au fond, au cœur, au bout de tous
les temples de l’Inde…
Mais c’est global, assurément physique. Il faut
que ce soit puissant et lent en même temps. Et surtout atteindre un calme d’esprit
nécessaire que j’ai rarement ressenti. D’autant plus quand on grimpe en solo (
5+, si vous connaissez). il y a un plaisir particulier à mobiliser ses quatre
pattes pour composer l’enchaînement des gestes sur la paroi, on sent vite qu’il
y a une perfection à chercher, le bon dialogue avec la voie, ses moments où
elle t’exige et quand même d’autres où elle te fait un petit cadeau. Et jamais
je n’ai autant observé, détaillé, rentré dans ma tête, aimé le caillou :
il faut faire corps avec, forcément. Et on aime cette solidité, dont on a réellement
besoin à ce moment, y compris pour se faire la sienne, cette structure qui
tient la Terre, pour des temps infinis. Et en plus tout ça en vertical, une dimension
qu’on ne vit jamais, avec la victoire devant le Soleil.
Eventuellement, regardez, Alex Honold, sur El
Capitan. C’est lui le top actuellement. Malgré tout ce que je sais pourtant, je
ne comprends tout simplement rien à ce qu’il fait. Est-ce qu’il est cinglé ?
Possible, ou même certainement, pourquoi pas, mais ça m’est égal, il est libre
Max. Est-ce qu’il est matérialiste ? Vous rigolez : il passe la
moitié de sa vie dans une caravane, quand il reste trop longtemps dans sa
maison, il devient malheureux.
Et même un débutant, en moulinette, il goûte déjà
cette spiritualité : il est toujours plus calme après qu’avant (en plein
air : en salle je n’ai jamais fait, hormis pour voir une fois, sans recommencer).
Vous avez déjà grimpé un arbre, gamin, j’imagine. Vous cherchez toujours à
monter le plus haut possible, puis vous êtes au plus haut : et tac, vous
avez le moment contemplatif. Et curieusement, vous ne ressentez pas de fatigue.