Quand est-ce qu’on va sortir de cette droiche et de cette
gaute ? La majorité des Français a bien compris cette imposture et soit elle a renoncé à voter, soit elle est
réduite à chercher comment voter contre, au lieu de voter pour.
Mais l’inertie des relais politiques comme « intellectuels »
l’empêche. Les partis politiques sont réduits à de simples écuries électorales,
aux réflexions programmatiques présentant des mensonges démagogiques pour séduire
ou des renforcements idéologiques pour se distinguer. Les intellectuels produisent
des discours conformes à une population
devenue âgée sensible aux combats d’une époque révolue, aveugle aux nouveaux
enjeux de société.
Le vrai clivage, que
l’on cache, se situe entre les mondialistes et les souverainistes qui ouvriraient
les débats utiles dont la société a besoin. Mais jamais un Bégeaudau ne voudra pas
y choisir son camp. Bien commode de blablater toujours un antagonisme dépassé.
Il y a eu
deux approches venues, qui peuvent se repousser comme se croiser : l’agriculture
bio à la française et l’agriculture organique issue du fonctionnement écologique.
L’agriculture
bio est relatif au label attestant l’absence d’ajouts chimiques et à son cahier
de charges qui en permet l’obtention et l’agriculture organique est relatif à l’optimisation
des moyens et ressources écologiques (exemples : paillage, plantes amies/ennemies,
milpa, culture en butte, spirale aromatique,
école de permaculture…). La traduction "organic food" en "produit bio" (ou l’inverse)
est une approximation sémantique qui indique l’ambivalence entre les deux
approches.
L’agriculture
industrielle a supplanté le génie paysan de jadis (sélection massale, protection
contre l’érosion avec les haies, création de biefs d’irrigation, assolement biennal et triennal…) avec l’extension des
monocultures adaptées au développement des transports à longue distance. Le
génie paysan intégré au paysage est passé à l’ingénierie agricole externe avec développement des équipements motorisés et des intrants
chimiques.
La culture
organique renoue avec celle traditionnelle en apportant un regard sur un milieu
vivant, y compris scientifiquement éclairé (les époux Bourguignon, par exemple)
plutôt que simplement domestique (le brûlis épuise à long terme, la jachère
comme le labour sont inutiles…).
Agriculture
industrielle = rendement à l’hectare : comment monter la production de 6 à
7 tonnes de blé à l’ha ?
Agriculture organique
(dont bio) = productivité à l’ha : comment accroitre le nombre de
productions simultanées sur un même ha ?
Les Amish
ont gardé l’agriculture traditionnelle. Je n’ai pas été voir sur place, mais ils
sont bien restés en bio pour la plupart (pas tous, me dit Internet, le monde
Amish n’est pas complètement homogène non plus). Leur paradigme : (la
nature appartient à dieu, les humains en sont les gardiens qui en bénéficient)
peut les rendre rétifs à l’approche holistique de l’agriculture organique (l’écosystème
est le moteur biologique à comprendre et maintenir de production d’êtres
vivants pour en bénéficier), d’autant plus qu’elle est apportée par le monde
industriel qui a abîmé l’oeuvre divine.
Cet article montre les ambivalences :
aussi bien selon les Amish, la méfiance contre le monde industriel qui corrompt
les humains, que le mépris, selon la journaliste, contre cette population qui
préfère la croyance irrationnelle à un dieu au pouvoir des humains au progrès
de ses moyens d’existence.
Les échanges
dans ce module sont intéressants : la reconnaissance auprès des Amish d’avoir
su éviter les méfaits du monde industriel et consumériste l’emporte sur le
dénigrement contre eux et leur choix d’un système théocratique impérieux. A l’époque
du documentaire, la balance aurait sans doute été différente dans les échanges,
pointant plutôt sur l’autoritarisme imposé aux mœurs.
Les nécessités difficiles
de résilience et de l’autonomie d’existence n’étaient pas apparentes : les
périls écologiques, technologiques et économiques n’existaient pas encore.
Il va falloir, hein, pour ceux qui n’ont rien commencé...
Les Amish vivent selon un fonctionnement autoritaire. La religion
sert de corset au contrat social. Je me demande si la vie autogestionnaire en
mode libéral est possible. Ces vies autarciques sont rares, aujourd’hui. Il y a
les zapatistes qui ont l’air de bien marcher, mais c’est une nation indigène
spécifique. Marinaleda, qui date des années 1970, tient bien la route. Mais la
période utopique des années beatniks n’a pas laissé grande chose, voire
quasiment rien.
En fait, je me demande si une simple société de lois civiles
et possible. Peut-être que non et qu’il faut une décision spirituelle commune
décidée comme loi de société. Le monothéisme est un peu trop raide pour moi et
risque de ne pas être attractif pour lancer des sociétés autogestionnaires.
Mais c’est peut-être la piste : pour créer une telle société et qu’elle
soit viable, il faut des lois communes civiles et spirituelles. C’était la
limite aux productions du Siècle des Lumières : n’avoir réfléchi qu’aux
lois civiles, (justement pour échapper à l’emprise monothéiste sur les esprits, notamment après les guerres de religions). Ce siècle a permis l’émergence des
sociétés de gens égaux, en droits et statuts, notamment sortir du servage, mais on sait bien maintenant qu’on
crève lentement du matérialisme.
En tout cas les Amish ont su garder intacte et pleinement
vivante une espèce qui a presque complètement disparue : celle de l’homo
faber. C’est très précieux pour l’avenir.