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Pourquoi ne réussissez-vous pas à admettre qu’on puisse accorder un certain crédit aux théories développées dans Le Capital tout en n’ayant absolument rien de commun avec un bolchévique fanatisé prêt à décapiter tout ce qui ressemble à un bourgeois ?
Pourquoi diable devrais-je essayer de les admettre ? Pourquoi ne réussissez-vous pas à admettre que les conclusions totalitaires des auteurs ne sont pas déconnectées de leur système qui est déjà en soi intellectuellement pourri à la base, qu’elles sont au contraire les évidentes et inéluctables conséquences de cette pourriture théorique, comme les faits l’ont cruellement montré partout où le marxisme est passé de la théorie à la pratique.
De même ; est-ce que vous admettez qu’on puisse réfléchir au concept de "races" sans être un nazi ?
Tout dépend avec quel auteur on choisit de réfléchir. Je ne choisirais certainement pas pour réfléchir à ce sujet un auteur qui tire lui-même de ses théories des recommandations violentes, totalitaires, génocidaires, relevant du crime contre l’humanité.
"est-ce que vous rejetez intégralement la notion de "classes sociales" ?"
La notion de "classes sociales" en soi n’est pas d’origine marxiste. Elle est utilisée avant lui par les économistes libéraux comme Adam Smith et David Ricardo, puis par des des historiens comme François Guizot, Augustin Thierry ou Adolphe Thiers qui ont utilisé la notion de classes et de « lutte des classes » pour expliquer l’histoire de France. Ils analysaient la Révolution française non pas comme un événement moral ou politique isolé, mais comme l’aboutissement d’un conflit séculaire entre deux classes : la bourgeoisie et la noblesse.
"est-ce que vous considérez que le Capitalisme n’est pas de nature impérialiste de par son essence même et que le libre échange intégral n’est pas destructeur pour les nations ?"
Rien ne me permet de penser cela de manière aussi univoque et péremptoire. Il existe plusieurs thèses libérales qui affirment le contraire et qui ont de bons arguments à présenter. Je pense que le capitalisme présente des avantages et des inconvénients et qu’il faut chercher à nuancer les choses plutôt que de faire des proclamation de vérité absolue avec des définitions essentialistes incitant à des comportements brutaux et destructeurs. Concrètement, vous trouvez que la Suisse est impérialiste et menace les nations ? En revanche, n’est-il pas évident que le marxisme est impérialiste et détruit les nations : Russie marxiste détruisant les pays pour les engloutir dans l’URSS, Chine marxiste envahissant le Tibet, Corée divisée en deux, Allemagne divisée en deux...
"est-ce que le capitalisme dans sa nature même ne constitue aucun ferment possible à des révolutions ?"
Il est possible qu’il soit un ferment révolutionnaire dans des contextes particuliers, sans être certain qu’il soit déterminant dans ce processus. D’autres causes peuvent éventuellement contribuer à produire des révolutions et divers effondrements, comme les religions, les migrations, etc. Ce qui est certain, c’est que l’URSS anticapitaliste s’est effondrée sur elle-même comme une grosse merde bureaucratique boursoufflée, sans panache ni romantisme évolutionnaires, certes.
"est-ce que le capitalisme n’entraîne pas des écarts de richesses de plus en plus prononcées entre les individus à mesure qu’il évolue ?"
Des écarts de richesse importants ont existé dans la quasi-totalité des systèmes socio-économiques complexes à travers l’histoire. Dans la Rome antique ou dans les empires mésopotamiens et égyptiens, la richesse s’appuyait sur l’esclavagisme, la conquête militaire et la centralisation du tribut par la caste administrative ou impériale. L’abolition du capitalisme privé dans l’enfer rouge du communisme n’a pas éliminé les inégalités. Bien que les écarts de salaires officiels fussent réduits, l’élite du Parti (la Nomenklatura) bénéficiait d’avantages en nature considérables (accès exclusif à des magasins réservés, logements de fonction de standing, datchas, services de santé dédiés), traduisant une inégalité d’accès aux ressources réelles fondée sur le pouvoir politique plutôt que sur le capital.
@micnet
Cette affirmation est erronée. Mais c’est peut-être juste une question de vocabulaire ? "Croire" et "avoir confiance" sont deux notions qui prêtent à confusion et plus encore quand on les combine. Je suis un non-croyant méthodique. Je peux suivre une convention pragmatique bayésienne (méthode qui permet de mettre à jour la probabilité d’une hypothèse au fur et à mesure que l’on reçoit de nouvelles données) sans jamais franchir le pas psychologique d’un « croire que » à 100%. Par exemple, si je cueille des champignons ou des baies sauvages, je vais volontiers suivre les recommandations de l’ouvrage d’un botaniste régulièrement cité comme une référence depuis plusieurs années. Mais je n’ai pas besoin pour cela de "croire", j’applique seulement un principe probabiliste. Or, cela pourra faire une différence le jour où on découvrira qu’une erreur s’est glissé dans son ouvrage ou qu’un autre botaniste remettra en cause certaines données sur la base de découvertes et expérimentations récentes. Croire, c’est adhérer, c’est "coller à", c’est épouser une idée et faire corps avec elle, c’est aussi trop souvent refuser de s’y arracher par peur de souffrir psychologiquement alors que la raison ou le simple bon sens nous le commande."D’abord une remarque généraliste : vous-même êtes un "croyant" tout comme moi y compris sur ce qui touche aux démarches liées à la connaissance."
"Donc ma question est simple : expliquez-moi comment vous faites pour progresser en connaissance sans "croire" à un moment ou à un autre ceux qui savent mieux que vous ?"
Si l’on ne parle plus de vie quotidienne mais de démarche de connaissance, voici la méthode. Tout d’abord je vérifie que la personne qui prétend m’instruire en sait vraiment plus que moi et surtout qu’elle se sert de son savoir de manière intelligente car ce n’est pas toujours si évident qu’il y apparaît à première vue. Il existe des crétins instruits, des gens qui ont une bonne mémoire mais des facultés de raisonnements limités ou qui sont incapables de passer d’un paradigme à un autre, etc. L’intelligence est parfois une raquette avec de gros trous.
Ensuite, je garde à l’esprit que la personne qui en sait plus que moi n’est pas forcément celle qui a raison parmi toutes celles qui en savent plus que moi. Un prix Nobel peut très bien être moins bon qu’un de ses confrères qui défend une thèse inverse. Le prix Nobel peut avoir été donné à celui qui est en phase avec l’esprit du temps ou sous l’influence d’un certain contexte international (ne soyons ni paranoïaque, ni naïf).
Ensuite j’écouterai avec attention cette personne mais je ne me rangerai pas à ses conclusions par "confiance" en son statut professionnel ou ses diplômes. Je ne ferai pas miennes ses conclusions si je ne peux pas comprendre son cheminement logique ou si je ne peux pas moi-même vérifier ses sources et/ou refaire ses expériences (quand la discipline s’y prête). Un professeur doit me faire comprendre quelque chose que je peux vérifier mentalement ou concrètement : ce n’est pas celui qui me dit "croyez-moi" mais celui qui me dit "j’ai compris quelque chose et je vais vous montrer comment vous pouvez peut-être vous même le découvrir".
Un enfant ne peut pas toujours avoir cette exigence avec son instructeur. Mais je considère justement que c’est en cela que consiste le fait d’être adulte intellectuellement. Il s’agit de maintenir en permanence une attitude critique et, aussi longtemps qu’il le faut : une épochè (suspension du jugement). Un adulte ne devrait jamais se soumettre à une prétendue autorité intellectuelle en buvant son lait ou en avalant ce qu’elle à mâché. On peut adopter un mode de vie fondé sur la probabilité apparente et la convention pragmatique (il faut bien vivre au quotidien), sans jamais franchir le pas psychologique d’un « croire que » en termes de savoir.
"si je vous demande de parier sur un match de boxe opposant le champion du monde d’une catégorie donnée qui fait face à un champion départemental dans la même catégorie, j’ai dans l’idée que vous miseriez sur le premier, me trompe-je ?"
Vous vous trompez. Je paierai pour "jouer à gagner" et je miserai donc une petite somme sur le challenger qui aura l’avantage d’offrir des cotes élevées, au contraire du favori sur lequel presque tout le monde aura misé. Le challenger a certes moins de chance de remporter le combat mais c’est aussi pour cela qu’il rapporte plus à ceux qui ont misé sur lui, dans le cas — improbable mais pas impossible — où il gagnerait.
https://www.eurosport.fr/paris-sportifs/guide/cotes/
Ensuite je regarderai le match pour le plaisir et en toute tranquillité puisque je n’aurai pas parié gros, pour décider par moi-même qui est le meilleur combattant, même si ce n’est pas à la fin le vainqueur officiel de ce combat éventuellement pipé.
[Mode Soral on] Maintenant, si vous voulez que je règle le débat à la loyale avec un de vos prix Nobel à la noix, je lui donne rendez vous quand il veut sur un ring ou un terrain vague et on fait ça à l’anglaise ou à la française, comme ça tout le monde verra, à l’occasion de cette correction carabinée et méritée, qu’en plus d’être le maître du pyrrhonisme grec j’ai encore à mon âge un corps viril qui n’aurait pas fait honte à un jeune guerrier spartiate ! [Mode Soral of]
@micnet
Et encore, à peine. On peut tout juste dire que Piketty reprend le problème marxien de l’accumulation et de la concentration, mais il rejette la dynamique historique nécessaire qui permettait à Marx d’en déduire une transformation révolutionnaire du capitalisme. Or, c’est cette prétendue dynamique historique qui fait la spécificité du marxisme. Erik Olin Wright reproche d’ailleurs à Piketty de ne pas faire de l’exploitation du travail par les classes possédantes le mécanisme central de son analyse."Oui je suis d’accord, il n’est pas fondamentalement marxiste en revanche, il adopte une "approche de type marxienne"."
(suite)
Sur la suppression de l’ordre social existant :
« Les communistes se refusent à masquer leurs opinions et leurs intentions. Ils déclarent ouvertement que leurs objectifs ne peuvent être atteints que par le renversement violent de tout l’ordre social passé. »
— Karl Marx et Friedrich Engels, Manifeste du Parti communiste, 1848.
Sur la nature intrinsèquement autoritaire et armée de la révolution :
« Une révolution est certainement la chose la plus autoritaire qui soit ; c’est l’acte par lequel une partie de la population impose sa volonté à l’autre au moyen de fusils, de baïonnettes et de canons — moyens autoritaires s’il en est ; et le parti victorieux doit maintenir sa domination par la terreur que ses armes inspirent aux réactionnaires. »
— Friedrich Engels, De l’autorité, 1873.
Sur la fonction de la violence comme instrument d’évolution structurelle
« La violence est l’accoucheuse de toute vieille société en travail d’une société nouvelle. Elle est elle-même une puissance économique. »
— Karl Marx, Le Capital, Livre I, Chapitre 31, 1867.
Sur les despotismes administratifs nécessaires lors de la transition :
« Le premier pas dans la révolution ouvrière est la constitution du prolétariat en classe dominante [...]. Le prolétariat se servira de sa suprématie politique pour arracher peu à peu à la bourgeoisie tout capital [...]. Cela ne pourra naturellement se faire, au début, que par des interventions despotiques dans le droit de propriété et dans les rapports de production bourgeois... »
— Karl Marx et Friedrich Engels, Manifeste du Parti communiste, 1848.
Sur le maintien d’un appareil étatique restrictif (Dictature du prolétariat)
« Tant que le prolétariat a encore besoin de l’État, ce n’est pas pour la liberté, mais pour réprimer ses adversaires ; et dès qu’il devient possible de parler de liberté, l’État comme tel cesse d’exister. »
— Friedrich Engels, Lettre à August Bebel, 18-28 mars 1875.
@micnet
La dernière phrase devient absurde par son exagération. Entre n’être pas exactement la même chose et "n’avoir strictement rien à voir", il y a un vaste espace disponible pour constater la relation qui existe nécessairement entre une théorie et sa pratique, si imparfaite et maladroite cette dernière soit-elle dans la sinistre diversités de ses occurrences historiques."Depuis le début, j’insiste fortement pour faire la distinction entre l’idéologie marxiste qui correspond à un régime politique totalitaire tel que nous le connaissons et l’approche marxienne qui correspond à une grille de lecture de type historico-économique telle que le fait Piketty. Et les deux n’ont strictement rien à voir."
Voici des extraits issus des écrits de Karl Marx et Friedrich Engels illustrant la justification et la recommandation du recours à la violence politique, à la coercition d’État et à la contrainte administrative sur l’individu, fondées sur leur grille de lecture historico-économique de l’histoire de l’humanité. Aucun rapport avec le totalitarisme, vraiment ?
Sur l’utilisation de la terreur politique :
« Il n’y a qu’un seul moyen de raccourcir, de simplifier et de concentrer les agonies sanglantes de l’ancienne société et les sanglantes douleurs de l’enfantement de la nouvelle société, un seul moyen : la terreur révolutionnaire. »
— Karl Marx, Neue Rheinische Zeitung n° 136, 7 novembre 1848.
Sur le refus de la modération politique envers la classe adverse :
« Nous sommes sans pitié et nous n’attendons aucune pitié de votre part. Quand notre tour viendra, nous ne masquerons pas la terreur. »
— Karl Marx, Neue Rheinische Zeitung n° 301, 19 mai 1849.
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