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Gaspard Delanuit

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    Gaspard Delanuit Gaspard Delanuit 16 septembre 03:45

    @micnet

    "je hiérarchise les propos en fonction des personnes qui s’expriment et j’estime que toutes n’ont pas la même crédibilité 

    Ne m’en tenez surtout pas rigueur mais sur ce sujet précis, j’estime qu’un prix nobel d’économie est beaucoup plus crédible"

    Je ne puis vous en vouloir, vous ne m’offensez en aucune manière. De plus, si votre quête de connaissance accorde une place à la croyance, il est logique que vous cherchiez des critères de crédibilité. D’ailleurs je fais la même chose que vous au niveau pratique, par exemple pour choisir un garagiste, un restaurant ou pour commander un article à distance : je tiens compte de l’avis du public, de la réputation, des labels, etc. Je n’ai aucun problème à admettre que j’achèterais plutôt un appareil photo qui obtient de bonnes notes sur un site lui-même bien réputé.

    En revanche — c’est en cela que tient la différence entre nos modes de fonctionnement — je n’étends pas ce comportement pratique à une démarche de recherche de connaissance. Certes, on ne peut peut raisonnablement passer toute son existence à choisir un garage automobile, donc on fait une sorte de pari sur la croyance qui semble la moins arbitraire possible. Si on se trompe, on en tire une leçon et basta ! En revanche, il est raisonnable de passer des dizaines d’années à étudier des théories physiques, philosophiques, sociologiques ou économiques. Et je ne pense pas que ces questions — qui touchent au cœur de la question humaine et où les enjeux peuvent parfois se compter en millions de vie, à l’échelle des siècles — doivent être traitées de la même manière que les affaires courantes. Les enjeux sont bien plus existentiels et tragiques. Je ne peux pas ici déléguer la quête de vérité en la confiant à quelques prétendues élites ou en me fiant à l’avis du public comme dans un jeu télévisé. Ainsi que je vous l’ai déjà dit, sur ces sujets, je préfère encore SAVOIR que je ne sais pas, plutôt que choisir de CROIRE qui que ce soit, sous prétexte que je n’ai pas le temps ni les moyens d’enquêter pour savoir. Si je n’avais pas eu l’opportunité d’étudier le marxisme jusqu’à voir ce qu’il est réellement à la jonction de sa théorie et de sa pratique, alors je me contenterais de mon ignorance (comme dans de nombreux autres domaines, je le répète), mais je ne ferais confiance à personne pour penser à ma place sur ce sujet. Je ne chercherais donc pas à me demander qui est le plus CRÉDIBLE. 



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    Gaspard Delanuit Gaspard Delanuit 14 septembre 18:37

    @micnet

    Vous aurez donc compris que ce n’est pas parce que Marx ne fait pas ou ne fait plus consensus en économie universitaire que je le conchie. 



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    Gaspard Delanuit Gaspard Delanuit 14 septembre 18:32

    @micnet

    "Point intéressant, du coup ça nous amène à la question suivante : faut-il qu’il y ait un consensus en science, en histoire, etc... ? Ma réponse est oui car il faut bien qu’on définisse à un moment ou à un autre l’enseignement à prodiguer dans les écoles. Donc si on se met d’accord sur l’importance d’avoir des consensus, la question suivante est de savoir comment le définir ?"

    La question n’est pas tellement "Faut-il qu’il y ait un consensus en sciences" mais plus profondément "Peut-il y avoir un consensus en sciences". Et la réponse est négative. La dynamique scientifique repose entièrement sur le dissensus. Toutes les découvertes naissent de controverses entre des chercheurs qui ne pensent pas de la même manière. 

    Le consensus, ou au minimum le compromis, intervient ensuite utilement au plan technologique quand il s’agit de mettre en accord momentanément plusieurs personnes pour construire un pont sur un large fleuve, un engin spatial ou un nouveau type de moteur. Et, plus généralement, quand il est temps de décider ce qu’on doit faire collectivement des découvertes scientifiques. C’est ce qui reste quand la science vivante des génies qui s’affrontent n’est plus présente. C’est la cendre de la science et non sa flamme.

    JAMAIS le consensus ne devrait donc être invoqué comme critère de validation scientifique. Une société où règne en maître le consensus scientifique est une société scientifiquement morte. 




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    Gaspard Delanuit Gaspard Delanuit 14 septembre 18:00

    @micnet

    "Marx postule que ces confrontations sont inévitables et qu’elles finiront par aboutir, in fine, à l’avènement du "socialisme universel""

    Cet avènement est-il décrit comme une résolution de la dualité, par les compères Marx et Engels ?  smiley


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    Gaspard Delanuit Gaspard Delanuit 14 septembre 17:52

    @micnet
    Je vais vous expliquer quelque chose qui vous aidera peut-être à mieux comprendre mes interventions. Mon rapport à la connaissance implique que l’avis d’une autre personne que moi sur une théorie quelle qu’elle soit n’a aucun effet sur ma pensée. Je me contrefous qu’un prix Nobel d’économie ou que le Pape ou que Céline Dion ou que mon buraliste aient tel ou tel avis sur Thomas Piketty. Je suis capable de lire et d’écouter Thomas Piketty moi-même, je n’ai pas besoin de passer par une médiation. Sur les sujets difficiles qui dépassent ma capacité de comprendre par moi-même (ils sont très nombreux), je préfère avoir conscience de mon ignorance que de la remplacer par une croyance fondée sur une prétendue autorité intellectuelle garantie par une réputation, un diplôme, un prix, etc. Piketty est plutôt un économiste de tradition social-démocrate, avec une forte inspiration historique et certaines intuitions marxiennes, mais son cadre théorique n’est pas marxiste. Il met l’accent sur les inconvénients d’une concentration du capital mais il n’entend pas exactement la même chose par ce terme que Marx et Engels. En outre, ce ne sont pas seulement des détails techniques d’une théorie qu’il faut percevoir mais les attendus idéologiques et donc psychologiques qui la structurent en profondeur. Par exemple, la question de ce que doit être ou ne pas être un héritage ne relève pas seulement de la théorie économique, c’est aussi et avant tout une question morale et civilisationnelle. Les détails sur lesquels on se dispute s’inscrivent souvent dans des schémas de pensée et de ressentis bien plus larges. Or sans une capacité d’embrasser la totalité du sens profond d’une théorie, ce qui implique par exemple de percevoir si la motivation profonde qui s’exprime est la bonne volonté ou le ressentiment, on ne joue qu’à des concours de découpages de crottes de nez parfaitement inutiles. La compréhension réelle d’une théorie n’est jamais analytique (même si les explications peuvent l’être) mais toujours intuitive. 

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