Là encore tu parles de l’intuition animale qui en effet est commune. L’intuition spirituelle c’est tout à fait autre chose..
J’avoue que ça me surprend aussi. Pouvez-vous préciser ce que vous entendez par intuition spirituelle ? Et ce qui la distingue d’une l’intuition "ordinaire" ?
Merci de vos compléments. Je ne voudrais surtout pas contrarier Alain Connes. Depuis ma compréhension, (et mes limites que je ne cache pas ici), la beauté des nombres me semble s’imposer de manière bien plus évidente avec le Tao. La fonctionnalité et signification des premiers chiffres, jusqu’à cinq et au delà m’apparaît bien plus évidente. En outre, il n’y pas de hiérarchie entre le formel et le réel, ce sont juste des interfaces. Le sensible est un support, ou une surface des choses : il n’y a pas "d’erreur" qui vienne de la nature ou de nos sens. Le shintoïsme est un exemple de pratique de l’harmonie, décalquée sur la nature : les notions de beau et de bien sont pratiques, et non pas éthérées comme chez Platon. Même si le shintoïsme a ses travers : le maniérisme dans le quotidien et le sadisme dans les rapports humains. D’ailleurs les générations contemporaines, jetées dans le manga, n’en n’expriment plus grand chose (même si c’est sans doute encore présent en arrière monde). Dommage que Protagoras n’ait rien laissé, hormis la chouette phrase "L’homme est la mesure de tout chose". La beauté de la géométrie m’est apparue de façon bien plus évidente avec Vitruve dont j’ai lu son bouquin.
Je sais que Platon a repris les travaux de Démocrite dans le Thééthète, mais sans le nommer ni le reconnaître. Démocrite a postulé l’existence des atomes, même dans le vide et a préfiguré l’existence des multivers en pensant qu’il y a plusieurs univers qui coexistent, qui vivent et qui meurent. Des anciens ont relaté que Platon était trop impressionné par Démocrite pour s’y confronter.
Peut-être que Platon était "poussif" avec son monde des idées, n’ayant pas forcément l’aisance scientifique des présocratiques qui mont marqué l’époque, dont il a restitué les travaux avec ses ouvrages et son académie. D’ailleurs Aristote n’a rien repris sa théorie des idées. De même, je n’ai pas souvenir que Vitruve ait renvoyé à Platon, alors que Pythagore est largement évoqué.
(Par ailleurs, Platon était évidemment un maitre en philosophie politique).
L’inconvénient de ces arrières mondes
platoniciens est que cela dévalorise le monde ici et maintenant.. (cépafo)
Je confirme
Je ne peux
pas parler de Nietzche mais j’ai lu des bouquins de Platon. Il a construit son
monde des idées, intelligible et immuable (les formes, le beau, le vrai, le
bien, la raison…) comme réel selon lui et
celui visible comme et sensible est trompeur. C’est avec cette construction artificielle qu’il a mouliné toute l’école
pythagoricienne et les présocratiques.
Il a rassemblé ainsi les savoirs des différents philosophes, en effet
impressionnants, considérables, étendus, mais en débarrassant les spéculations
propres à chacun des philosophes et leurs portées.
Quand le
réel est le monde du faux et seul le concept est vrai…. Aujourd’hui ce sont les
zozoticiens qui ont repris le flambeau.
2
renversements :
— Si on n’apprend
pas Saint Thomas avant la caverne platonicienne c’est comme apprendre à
utiliser des instruments d’observations à des sourds et aveugles. Les sens sont
les premiers instruments d’observations qu’il faut savoir utiliser avec
sagacité, après, viennent les instruments.
— Nier les
croyances, c’est nier notre capacité à concevoir et expérimenter nos schémas de
pensées. Après, cet exercice permet de les relativiser en fonction des connaissances et
des inconnues que l’on rencontre, de les élargir et de les faire évoluer. Sinon, il
ne reste que l’adhésion aux croyances de l’autorité, au mieux passer d’une rigidité de pensée à une autre.
La sagacité avec ses sens et la capacité à concevoir font le génie créateur du paysan, de l’artisan ou de l’ingénieur.
Lol.. On a la même chose avec Nietzsche qui est parti dans la direction diamétralement opposée avec éloge du corps et de la matière, rejet des arrières-mondes à la Platon...
Je n’avais jamais pensé les choses ainsi. Pourriez vous en dire un peu plus sur ce que sont les gens qui "refusent les arrières-mondes", comparativement à ceux qui pensent que "ça existe", ou auraient en tout cas cette sensibilité ?
Le monde des idées de Platon ne serait donc pas spirituel, mais que conceptuel ?
Ainsi
que l’exprime Chen-Houei, « on ne parvient à voir sa nature propre que
grâce à une absence complète de toute activité soi-consciente de l’esprit, en
rejetant d’un seul coup le causal (pratyaya) et le fabriqué (samskrta) ». Mais,
nous dit Jacques Gernet « l’absence
de pensée n’est rien d’autre que la substance de notre
esprit propre »
C’est
de la phénoménologie de l’esprit, mais par l’expérience. Avec l’umwelt,
maintenant il y a des philosophes qui essaient de penser ce que ça peut être d’être une chauve-souris, un pouple, un cerf…
Selon,
moi, c’est urgent…
Avec une entrée différente, L’homme qui prenait sa femme pour un chapeau et autres ouvrage d’Oliver Sachs
ouvre aussi ce genre de perspectives.
En art brut, même s’il faut faire le tri, on tombe sur des tableaux étonnant où se demande comment des gens vont chercher ça.
Dans cette vidéo on suit non seulement un déjanté mais on comprend aussi un peu sa "déjanterie".
(Raphaël Treza s’est fait connaître avec ce documentaire en mode "road movie", superbe, où il sait capter avec des images des ouvertures fugitives vers l’âme d’un peuple, quand on sait regarder).