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@Laconicus
C’est un coup bas de votre part que je ne devrais pas relever mais pour votre information je n’utilise jamais le mot "complotisme "à la légère et ce que j’écris n’a rien à voir du complotisme (c’est à dire une interprétation biaisée et malhonnête des faits) mais une simple prospective d’ailleurs assez classique. Evidemment, puisqu’il s’agit d’une intuition recoupée par quelques indices empiriques et soutenue par un raisonnement, je peux me planter totalement et j’en accepte la possibilité. A la rigueur je suis un peu parano, mais complotiste, non.
Au passage, je vous fait remarquer que les vrais "complotistes" disent tout à fait autre chose en ce moment en ce moment au sujet de ce coronavirus, considérant qu’il s’agit d’une menace bidon instrumentalisée par le pouvoir en place pour empêcher les gilets jaunes de défiler, faire passer la réforme sur les retraites, etc.
Ce qui est certain, en revanche, c’est que la réponse du gouvernement n’a pas été adéquate.
@yoananda2
En outre la Lombardie et de manière générale l’Italie du Nord, contrairement à ce que les autorités françaises ont affirmé à plusieurs reprises, est en fait mieux équipée que la plupart des régions françaises en termes d’infrastructures de soin, de nombre de lits, etc... et a été malgré tout complètement débordée.
Pour ma part j’ai compris très rapidement (début janvier) qu’il s’agissait d’une épidémie sérieuse. La réponse massive du gouvernement chinois, l’histoire tragique de ce médecin décédé en tentant d’alerter la population, la réaction immédiate des voisins de la Chine, ne laissaient aucune place au doute.
Mais en France, le réel ne compte pas, c’est l’idéologie qui prime toujours. Ce qu’il s’est passé c’est que les médecins se sont divisés apparemment en deux camps : les "rassurantistes" qui défendaient l’idée que ce virus était une petite grippe surévaluée qui serait réglée par simple immunisation naturelle et les "alarmistes" qui dès le départ ont demandé l’adoption de mesures drastiques inspirées par la réponse agressive des Chinois et des Coréens face à l’épidémie. C’est le premier camp qui a gagné la "bataille des idées" et que les politiques ont suivi jusqu’à ces derniers jours, lorsqu’il est devenu évident que le coronavirus allait se développer de manière exponentielle en France avec des conséquences sanitaires et donc sociales imprévisibles.
@maQiavel
Je n’ai jamais aimé Berruyer et son côté pseudo-polémiste sans parler de ses orientations idéologiques, mais ce n’est pas le sujet. Même le très officiel et très politiquement correct remet en question la gestion de l’épidémie par le gouvernement :
Les Italiens sont consternés par notre réponse à la crise, et on voit sortir du bois des médecins qui n’avaient pas accès jusque-là aux grands médias où passaient uniquement des "experts" évoquant une "grippette" sans gravité particulière.
En fait, les autorités françaises ont apparemment misé comme les Anglais sur le phénomène d’immunité grégaire et naturelle censée se déclencher à partir d’un certain seuil de contamination de la population, mais ils ont complètement sous-estimé certains facteurs, comme la contagiosité du virus, sa virulence bien supérieure à ce qui était attendu, et le fait que les services d’urgence allaient rapidement être débordés par les dizaines de milliers de cas dans un contexte prophylactique déjà défavorable (peu de tests, pénurie de masques, de gel, de lits, de respirateurs, aucune désinfection des lieux publics...)
Nous appliquons en fait le contraire des méthodes qui semblent avoir été éprouvées par les asiatiques, basées sur le dépistage systématique, la traçablilité des malades, la désinfection, le port de masques par toute la population, etc...
Les Espagnols ont une excuse, ils ont subi une cascade de plans d’austérité qui ont détruit leurs infrastructures et les capacités de réponse de l’Etat. C’est moins vrai en France où des considérations de nature idéologique semblent également avoir été prises en compte et avoir influencé la réponse des autorités ("un virus ça ne s’arrête pas à la frontière").
Quand Macron annonce que la France ne cédera pas au nationalisme et gardera les frontières ouvertes au moment où tous les autres pays nous mettent de facto en quarantaine, on est vraiment dans un décalage avec la situation qui serait comique s’il n’était pas aussi pathétique. Je suis tout sauf nationaliste, mais la crainte irrationnelle du nationalisme a atteint un degré proprement surréaliste chez les élites politiques et médiatiques qui se succèdent depuis des semaines sur les plateaux pour expliquer que l’ouverture des frontières doit rester un élément intangible en situation de crise, alors que le bon sens suggère exactement le contraire.
Mais cette crise est surtout en train de révéler le fait que la France est un pays en voie de sous-développement. La première prérogative d’un Etat, comme les Chinois et les Coréens le savent très bien, est d’assurer la sécurité de la population, c’est à dire de maintenir des conditions sanitaires et alimentaires optimales permettant d’assurer ensuite le développement économique et social. L’eau, la nourriture, la santé, c’est la base de tout. D’où l’obsession de contrôle du gouvernement chinois qui a tellement faire rire nos "’experts".
Pour ma part, je pensais jusqu’à présent que le délitement de l’Etat touchait essentiellement les fonctions régaliennes et les grandes infrastructures : police, sécurité, transport... là on se rend compte que c’est plus bien profond. L’Etat français n’était pas en mesure de répondre à une crise sanitaire de grande ampleur. Nous ne pouvons mêmes plus fabriquer en grande quantité le matériel et les médicament qui nous manquent suite aux délocalisations qui nous ont dépouillé de nos capacités productive et donc de notre autonomie. Il suffit de quelques signaux alarmistes mais réalistes pour envoyer une foule de consommateurs abrutis et égoïstes vider les rayons des supermarchés et stocker le PQ. De manière encore plus préoccupante, l’effondrement de l’hygiène individuelle et collective est devenue incontestable en France (Attali a écrit un article assez pertinent sur son blog à ce sujet). Les villes sont dégueulasses, les gens sont malpropres, à la fois au sens physique et moral du terme, et pour éviter tout amalgame, je précise que j’inclue les "français de souche" dans le lot. A vrai dire cela a atteint un tel point que le gouvernement français doit maintenant expliquer aux gens des conduites hygiéniques de base qu’on est censé apprendre à l’âge de 5 ans. Lave-toi les mains. Arrête de porter les mains à la bouche. Utilise un mouchoir à usage unique.
Je suis personnellement assez consterné de voir l’état des gens quand je suis dans les transports en commun ou dans les supermarchés : surpoids, tenue négligé (jogging dégueu, etc.), alcoolisme... tout cela marque le désinvestissement de l’Etat et l’abandon de pans entiers de la population vivant dans une forme de relégation économique et sociale, "éloignés des services publics" comme disent pudiquement les commentateurs.
Evidemment, les flux de la mondialisation ont profondément contribué à cette situation, au point que certains spécialistes parlent désormais du retour de l’âge des épidémies depuis le début du XXIème siècle où l’on voit à nouveau des vagues épidémiques majeures émerger et se propager depuis l’Asie.
Enfin, l’adhésion dogmatique des élites occidentales au néolibéralisme, rencontrant une forme de mauvaise conscience européenne, a conduit à l’abaissement des frontières et des barrières qui auraient permis un tant soi peu de limiter ces phénomènes, tout en démolissant le service public à coups de "restructuration" et de "rationalisation des coûts".
Pour la Suisse, que je connais un peu, c’est un peu plus complexe. Le pays, qui est fantasmé par certains identitaires comme un bastion peuplé de blancs nationalistes et souverainistes, est en fait le pays qui a poussé le plus loin l’intégration économique à la mondialisation. La Suisse a eu massivement recours à l’immigration qui constitue désormais un tiers de la population comptant 8 millions d’habitants, ce qui dépasse de loin les capacités productives du pays, qui est montagneux, dense et enclavé, donc incapable d’assurer sa suffisance alimentaire. La Suisse a donc très peu de capacité de résilience en période de crise, contrairement à ce que certains croient en ayant à l’esprit l’image du milicien suisse jaloux de son indépendance et prêt à défendre son territoire.
Ceci étant dit je pense qu’ils ont beaucoup plus de capacité de réaction politique, un civisme supérieur à la population française, et bien entendu ils ne sont pas ruinés, ce qui va rapidement leur permettre de porter la réponse sanitaire à la hauteur de la situation.
Par contre je vois pas trop le rapport avec l’Islam et avec une quelconque hystérie imaginaire à ce sujet, même pour rire... d’ailleurs les musulmans à titre individuel ont tendance à être obsédés par les germes comme l’étaient nos parents et grands-parents (ce qui est une bonne chose) même si l’hygiène publique est souvent déficiente dans les pays musulmans.
Politiquemement, les conséquences risquent d’être profondes. Les régimes asiatiques autoritaires pratiquant différentes formes de contrôle social (la Chine, mais aussi à leur manière la Corée du Sud, Singapour, etc.) montrent l’image d’une organisation impeccable et d’une population conciliante et disciplinée, tandis que les démocraties occidentales offrent le spectacle de l’incurie gouvernementale, de la désorganisation et de l’indiscipline d’une population de consommateurs égoïstes qui ne pensent qu’à leur confort et leur distraction, qui se ruent dans les magasins pour vider les rayons aux premiers signaux d’alerte, et qui encombrent les urgences en appelant pour le moindre rhume.
Je ne serais pas étonné qu’à l’issue de cette crise loin de "revoir notre modèle de développement" et de restaurer l’Etat Providence face au néolibéralisme, les autorités, nationales ou européennes, ne l’utilisent comme prétexte pour mettre en place un contrôle accru de la population, que les gens accepteront en se remémorant ces images de gens attablés à des terrasses ou manifestant dans le rue en pleine pandémie.
Même le très officiel et politiquement correct Le Monde remet désormais ouvertement en question la gestion gouvernementale, accusant les autorités d’avoir renoncé à stopper à l’épidémie sans l’assumer, c’est dire si l’on se dirige vers une crise sanitaire de grande ampleur :
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