Il faut voir les choses de manière un peu pragmatique, au-delà des généralités et de la provocation de Onfray, qui me fait beaucoup penser au crétinisme qu’il dénonçait chez autrui récemment :
Oui, les choses tendent à se dégrader. Aristote le disait déjà. Mais quant aux perversions... Qui donc a un modèle complet de distinction des vices et des vertus ?
Pour prendre la religion autochtone de chez nous, le catholicisme. Elle joint en son sein, les antiquités juives, les antiquités Grecques (Platon, Aristote), les antiquités romaine (droit canon), certes aménagées. De la Bible, elle tire son mythe de la création et ses Lois fondamentales, quoique amendé selon le message du Christ. D’Aristote, elle tire une définition du Politique (une alliance entre villages) et les fondations de la logique, quoique amendées dans une perspective créationnisme, en ajoutant la notion d’existence pour compléter celle d’essence. De Platon, elle tire l’appétence au Bien, au Beau, au Vrai. Du droit Romain, elle tire sa faculté de "calculer le droit", en prenant soin de subordonner ces "calculs" à Dieu.
De là, elle a déterminé des vices (luxure, gloutonnerie, orgueil, avarice, paresse, envie, colère,...etc) et des vertus (espérance, foi, charité), puis a mis au point des exercices spirituels (la prière à Dieu plutôt que la confidence au psychanalyste, plutôt que les petites pilules du psychiatre) pour se départir de ces vices et progresser vers la vertu. De là, elle a également produit certaines conceptions économiques (doctrine sociale de l’Église).
Bref : plus de 3 millénaires d’aventure humaine pris en compte, abordant les fondements de la métaphysique, de la philosophie, de la politique, du droit, de la psychologie, de l’économie, auprès des meilleurs sources... Il s’ensuit un patrimoine intellectuel, architectural et artistique considérable que nos vaniteux jettent avec l’eau du bain.
En comparaison, l’athéisme, c’est le néant intellectuel... Le nihilisme, le néant, la vacuité, la vanité.
La très grande différence entre les deux modèles, c’est que l’athéisme doit faire reposer ses systèmes explicatifs sur des axiomes très précisément définis, tandis que la religion fait reposer son système explicatif sur un axiome flou, non précisément défini, qui plus est susceptible de changement, puisque il s’agit de la volonté d’une existence : Dieu.
En conséquence de quoi, c’est bien l’athée qui a les idées vouée à s’arrêter, du fait du coté nécessairement statique de ses axiomes, tandis que le croyant en Dieu doit nécessairement avoir les idées en constant changement, puisque son axiome, la volonté de Dieu, est dynamique (NB : Le fait d’affirmer connaître précisément la volonté divine doit être vue comme une perversion).
Le croyant est rétif aux grands systèmes explicatifs précisément définis, ce en quoi, il tend à s’accommoder de manière pragmatique au réel. En revanche, l’athée, enfermé dans des systèmes explicatifs auxquels il adhère comme on vénèrerait une idole, tend à s’illusionner sur la réalité, ayant du mal à se départir de ses théories (ex : le communisme ne fonctionne pas, il faut plus de communisme ; le libéralisme ne fonctionne pas, il faut plus de libéralisme ; l’UE ne fonctionne pas, il faut plus d’UE,..etc)
Le 20ème siècle fut celui des grands systèmes idéologiques en Europe. Il a sombré de ce fait.
Pour le reste, l’argument d’Onfray comme quoi les religions seraient pourvoyeuses plus que tout autre des guerres et massacre, il ne tient pas. Les idéologies athées ont fait mieux en 100 ans que le christianisme en 2000 ans...
Bien sûr qu’il faut pouvoir se gérer moralement. Il faut pouvoir prendre conscience de ses travers pour les endiguer. La prière à Dieu a cette fonction et elle est absolument essentielle. Ce n’est nullement une béquille, c’est vital. Tout organe se perfectionne par l’exercice et l’organe moral n’y fait pas exception.
Bonjour Mao-Tsé-Toung, merci pour votre petite série de vidéo que je trouve fort intéressante.
Dommage que la discussion sur la psychanalyse soit déjà terminée. Pour ce que j’en connais, je trouve que les termes posés à sa base sont mal pensés, d’où l’impasse où elle se trouve.
La conscience, par exemple, me semble plutôt une faculté de l’intellect en lien avec la mémoire à cour terme (on pourrait dire aussi : mémoire vive). L’intellect (du latin inter : entre ; legere, lectus : choisir) choisit entre deux choses mises en mémoire. Si je fais 1 + 1, je met 1 d’un coté, 1 de l’autre, + entre les deux, d’où le résultat. Je peux aussi mettre "moi" en mémoire vive, donc avoir conscience de moi.
La conscience se fait au présent. Une conscience passée doit donc s’oublier systématiquement. Elle s’oublie d’autant mieux quand la mémoire vive est nettoyée grâce à un sommeil réparateur.
Quant à l’inconscient, ce n’est pas une faculté, c’est le contraire d’une faculté, la faculté de conscience. Et puisqu’il persiste, c’est naturellement de la mémoire à long terme qu’il est question (qu’on pourrait désigner non pas mémoire morte, mais mémoire endormie...). Or comment fait-on entrer le contenu de la mémoire vive dans la mémoire endormie ? Par la répétition (chien de Pavlov), quoiqu’une grande impression (traumatismes et état de choc) fasse souvent le même effet que de multiples petites. Parfois, suite à un trauma, la mémoire endormie se ravive.
Et peut-être faut-il en effet parfois raviver une mémoire endormie, pour mieux pouvoir l’oublier grâce au sommeil... Ainsi, bien que le langage de la psychanalyse soit obscure, sur ces points, elle semble donc plutôt pertinente.
Mais les constations cliniques montrent aussi des désordre de la volonté qui viennent d’une diminution de tonus affectif. Et ça, la psychanalyse semble être passé complètement à coté.
Bref, la psychanalyse formule les choses de manière obscure et compliquée, ce qui les rend incompréhensibles, de plus elle semble manquer des points essentiels.
Quant à ce futur débat :
Je ne suis pas capable de juger de la psychologie d’une généralité (de politique), une psychologie, c’est toujours particulier.
Je ne suis pas capable de juger de la psychologie d’Asselineau, car je ne l’ai jamais vu autrement qu’en vidéos.
@Mao-Tsé-Toung Je continue la citation de Armand Ribot, début du chapitre 2 (page 75), il y fait un petit résumé du 1er chapitre, où il a traité de l’apathie :
Nous venons de voir des cas où l’adaptation intellectuelle, c’est-à-dire la correspondance entre l’être intelligent et le milieu étant normale, l’impulsion à agir est nulle, très faible, ou du moins très insuffisante. En termes physiologiques, les actions cérébrales qui sont à la base de l’activité intellectuelle (conception d’un but et des moyens, choix, etc.) restent intactes, mais il leur manque ces états concomitants qui sont l’équivalent physiologique des sentiments et dont l’absence entraîne le défaut d’action.
Conclusion : la délibération rationnelle ne suffit pas, il faut encore une énergie affective pour agir. C’est la raison pour laquelle, toute psychologie n’est possible que par l’interaction avec une personne, puisque on ne peut avoir des sentiments que pour une personne, et pour laquelle on a des sentiments puissants.
La prière chrétienne, qui s’appuie sur l’amour pour le Dieuparfait, est donc rigoureusement vraie !
@Mao-Tsé-Toung La psychanalyse, c’est un peu remplacer Dieu par un psychanalyste. C’est un genre de confessionnal, sauf qu’on ne repart pas pardonné...
L’autre problème, c’est que tu ne peux pas vraiment te confier au psychanalyste, qui est en chair et en os devant toi : il y a toujours la tentation de mentir, pour faire bonne figure, se montrer sous son meilleur jour.
Il n’y a pas ce problème dans "le cabinet psychanalytique" divin : Dieu ne se voyant pas, mais voyant tout, on peut aller jusqu’à se confier totalement, ce qui fait que l’on va pouvoir creuser le plus profondément possible dans les méandres de sa propre personnalité, pour en résoudre les contradictions et les incapacités.
Il y a une bonne synthèse sur le libre-arbitre sur le site cosmovision. Y est cité un livre intéressant, les maladies de la volonté, de Théodule
Armand Ribot, disponible sur Gallica ici, qui analyse divers cas cliniques sur l’aspect de la volonté. Je le cite, page 69 (il parle des gens apathiques, qui sont capables de se déterminer des raisons d’agir, mais sans parvenir à passer à l’acte) :
Ce but est-il choisi, affirmé comme devant être, voulu ; si la résolution ne dure pas, c’est que l’individu est incapable d’effort, c’est qu’il n’y a pas dans son organisation la possibilité du travail répété dont nous avons parlé ; si elle dure, c’est qu’elle est maintenue à force d’effort, par ce travail intérieur qui produit l’arrêt des états contraires. Tout organe se développe par l’exercice ; ici de même, en sorte que la répétition devient plus facile. Mais si un premier élément n’est pas donné par la nature et avec lui une énergie potentielle, rien n’aboutit. Le dogme théologique de la grâce, à titre de don gratuit, nous paraît donc fondé sur une psychologie bien plus exacte que l’opinion contraire, et l’on voit combien il est facile de lui faire subir une transformation physiologique.
@Dubitatif Tu es un petit méprisant avec la bigoterie...
C’est un état où les gens s’essayent de réformer leur intériorité. Et Dieu sait que ce n’est pas une chose facile de réformer son intériorité pour se passer de mauvaises habitudes ! Le moyen, en catholicisme, c’est de s’appuyer sur une personne extérieure à soi, que l’on aime, et en qui l’on a confiance ou foi : Dieu. On va lui confier des fautes, les lui confesser, l’exhorter de nous aider à ne plus les refaire et le lui promettre. Dans d’autres religions, en bouddhisme, par exemple, ce serait la méditation. Je t’accorde que c’est un état assez étrange à voir pour celui qui est extérieur, un peu comme quelqu’un qui serait à jeun qui entrerait dans une pièce où tous les gens seraient saouls et parleraient tout seul.
Donc la foi, ce n’est pas du confort intellectuel, ça n’a pas de sens. la foi, c’est la confiance en celui à qui l’on se confie et en la gratuité de son aide, ce qui est nécessaire pour avoir la force de faire un effort sur soi-même, pour se parfaire. Cet effort est souvent beaucoup de peine et d’affliction.
La foi en Dieu, c’est un trésor, c’est la psychologie pour tous, gratuite. Il n’est guère étonnant qu’à mesure que la religion recule en France, la consommation d’anti-dépresseurs augmente...