[la hierarchie sans morale amene aux pires exces totalitaires
la morale sans hierarchie , cad l égalitarisme democratique pure amene le chaos.] Je suis en complet désaccord avec ces deux affirmations. La hiérarchie, au vrai sens du terme, qui est aussi son fondement, SE VEUT (prétendument) >>morale<<, car provenant de la divinité (hièrôs = sacré + arkein = commander). Mais elle n’apparait et ne se justifie que pour la seule fonction d’orienter et de mobiliser un grand nombre (les gens de la cité) sous l’égide d’un petit nombre, et pour cela INVENTE des histoires (les mythes). LES morales sont changeantes, au grès des peuples, des cités et des époques. LA morale, c’est un concept vide, ou faux, ou trompeur. Il n’y a pas de "morale" absolue, mais seulement des morale relatives à un temps et à des coutumes, conventions, traditions. Qui plus, est - et c’est peut-être le plus important -, la hiérarchie introduit par construction des inégalités au sein de la population à laquelle elle est appliquée. Et ce sont ces inégalités qui mènent à la tyrannie, non l’immoralité des maîtres. Au vrai, il se peut même que l’immoralité des maîtres (l’ubris) fussent le fruit de la soumission du grand nombre au pouvoir du petit nombre ; comme disait en substance Rousseau, le pouvoir n’a d’autres limites que celles que le peuple lui impose. La morale est, selon moi, un pis-aller ayant deux fonctions complémentaires : la première, active, vise à contrôler et orienter une population dans un sens donné, la seconde, passive, vise à compenser la contrainte que les passions (en ce compris la morale elle-même !) exercent sur le bon sens (machiavel1983 va adorer ce passage). En conclusion, plutôt que recourir à une morale qui, dans la majeure partie des cas, introduit des conventions conceptuelles contraires aux principes naturels, créant de ce fait des conflits intérieurs et des frustrations, il nous faut recourir à la raison, au bon sens, au discernement et à la bienveillance. Il ne me semble pas que la vertu ait besoin de morale, mais de sens commun. Cordialement, Morpheus
Je préfère le terme (et le concept) de bienveillance à celui d’amour, c’est vrai, parce que ce dernier est depuis longtemps vidé de toute substance à force d’être utilisé pour tout et n’importe quoi. Mais au delà de cela, je suis simplement pragmatique (pas très loin de la position de machiavel1983) : considérant que nous sommes interdépendants, et le constatant tout le temps et partout, je considère que la collaboration, la synergie et la symbiose - donc l’empathie et le respect mutuel - apportent des bénéfices mutuellement avantageux.
De la même façon, j’observe, à l’inverse, que la compétition, le repli sur soi, la violence, engendrent des désastres et des souffrances qui forment un cercle vicieux d’où le plus grand nombre sort perdant et diminué.
Mon approche est donc plus bouddhiste que chrétienne, en dépit du fait que j’ai été élevé dans la religion catholique. Peut-être m’a-t-on un peut trop fait bouffer de >>l’amour<< à la louche et que celui-ci n’étant qu’un ersatz artificiel, j’ai fais une réaction allergique. Après tout, l’empathie, le respect, l’égalité, le partage, ... tout cela ne constitue-t-il pas en soi ce que l’on appelle "amour" ? Morpheus
Tu sais, Gaspard, il n’y a pas que les préhistoriens qui énoncent cette thèse, il y a également - et ça ne date pas d’aujourd’hui - des anthropologues. Sans nécessairement sombrer dans l’acceptation béate de toutes les théories, on peut tout de même relier les résultats des différentes disciplines pour former une thèse défendable. Cordialement, Morpheus
Je dirais non par "amour" pour les concitoyens, mais simplement par esprit d’égalité. Il suffit de considérer que, bien que nous ayons des différences, des qualités et compétences que d’autres n’ont pas, mais que ces autres ont des qualités et compétences que nous n’avons pas, nos qualités et compétences respectives se complètent pour former, en synergie, une communauté plus compétente et de qualité supérieure. Il s’agit de considérer que les uns et les autres ont une même valeur (ce qui va contre l’idéologie élitiste, chère aux oligarques).
Je n’ai pas besoin d’aimer mes concitoyens pour pouvoir considérer cette égalité de principe. Chacun ayant des critères différents et particuliers pour juger de la valeur des uns et des autres (et de la leur), on peut affirmer que ces jugements de valeur sont entièrement suggestifs et donc non pertinent. En partant du principe " nous nous valons tous de façon générale ", et donc en nous considérant mutuellement égaux, nous pouvons parvenir à une synergie impossible à réaliser dans un système de castes et de hiérarchie sociale.
A ce titre, je vous invite à lire cet article sur l’intelligence collective, dont cet extrait illustre l’idée que le système hiérarchique n’est pas efficace ni pertinent pour favoriser l’intelligence collective.
« Le centre de recherche du MIT a ensuite cherché à déterminer les facteurs qui sont corrélés à une production collective plus intelligente. Il s’est avéré que l’intelligence moyenne de chaque individu n’en fait pas partie. En revanche, deux facteurs ressortent significativement : le degré d’empathie des membres du groupe et l’égale distribution de la parole au sein du groupe.
Empathie, distribution et égalité, ces facteurs laissent à penser que l’intelligence collective s’accommode mal des modes d’organisation hiérarchiques, cloisonnées et centralisées. L’intelligence collective prospère à l’inverse dans des organisations structurées en réseau, distribuées, décentralisées, centrées sur la perception et l’écoute davantage que sur des règles rigides. »