Eric Guéguen, vous dîtes : « L’ordre ancien était fondé sur l’assujettissement des individus, en leur assignant des rôles immuables. Le sort du fils de paysan était scellé, tout autant que celui du fils de magistrat. »
Or, il me semble que ceci est contradictoire avec la notion philosophique d’État, qui sert à caractériser les divers ordres de l’ancien-régime. L’État d’une existence est en effet sa modalité d’être particulière, et celui-ci se distingue de l’essence de cette existence, en ce qu’il est susceptible de changement.
Un fils du tiers-états pouvait fort bien accéder à l’état d’ecclésiastique, s’il entrait dans les ordres en y prêtant serment, voire même être anobli, s’il entrait dans l’ordre de la chevalerie. Un prêtre excommunié quittait l’ordre ecclésiastique. Quant à un noble coupable de félonie, il quittait l’ordre de la noblesse.
L’État social correspondait en effet à un rôle social, et si ces rôles sociaux sont immuables, c’est parce que toute vit en société impliquera toujours : 1° soit de rassembler des objets pour produire des biens marchands (l’ordre du faire) : c’est le rôle du tiers-état = laboratores. 2° soit de rassembler des idées pour produire des biens intellectuels (l’ordre du penser) : c’est le rôle du clergé = oratores. 3° soit de rassembler des gens pour produire des biens sociaux (l’ordre de l’agir) : c’est le rôle de la noblesse = bellatores.
Que ces rôles sociaux soient immuables découle du fait que cette vérité des productions nécessaires à la société est permanente, mais cette permanence au plan social n’implique pas une permanence au plan personnel : les personnes peuvent changer d’état social, ce n’est pas un système de caste. Le fait même d’appeler ce rôle pour la société par le terme « état », étant donné la signification philosophique du terme, montre que ce rôle personnel fut pensé au contraire dès l’origine comme susceptible de changement.
@maQiavel C’est que la façon dont il faut la comprendre pour qu’elle ait du sens n’est pas compatible avec la vôtre.
Il s’agit, dans ce préambule, ni d’une prescription à l’autorité, ni de l’affirmation d’une vérité universelle : il s’agit de proclamer l’abolition de tous les liens sociaux préexistants, pour promouvoir une renaissance, une régénération, une société nouvelle. Il fallait d’abord aux révolutionnaires affirmer que « L’homme (re)naît libre (de toute ancienne contrainte) », ceci pour pouvoir en prescrire de nouvelles.
Cette affirmation n’est pas l’expression d’une vérité universelle, déductible par la raison et valable en tous lieu et en tous temps, mais l’expression d’une stratégie politique particulière localisée en un lieu et un temps.
Note : cette affirmation sera contredite dès la mise en place du code civil. En effet, dans celui-ci, les enfants ont le devoir d’assister leur parents. Cette affirmation du code civil implique que les hommes naissent avec un devoir qu’ils n’ont pas choisi, donc qu’ils ne laissent pas libres.
@maQiavel Quand la ddh affirme que « les hommes naissent libres », ce n’est pas une prescription, ni pour l’individu, ni pour l’autorité publique, car il n’y a aucun commandement là-dedans : c’est une simple affirmation, laquelle est erronée.
De fait l’homme ne naît pas libre, puisqu’il naît relié à sa société, et c’est justement l’objet de la législation que de régler ce lien entre l’homme et sa société.
S’il y avait la prescription que vous y voyez, il y serait écrit : «
l’autorité doit respecter les libertés fondamentales des citoyens », et
non pas « les hommes naissent libres ». Cette affirmation n’est clairement en rien une prescription. C’est un article de foi, l’article de foi proclamant l’individualisme, voire carrément l’inexistence de toute société...
J’ai écrit : « L’égalité devant la loi, c’est simplement le devoir d’y obéir, quelle que soit le contenu de cette loi par ailleurs, »
Vous m’avez répondu : Pareil. Vous partez à chaque fois de la perspective des citoyens et non du pouvoir public.
Loi : I. A. ?Règle,
prescription émanant de l’autorité souveraine dans une société donnée
et entraînant pour tous les individus l’obligation de s’y soumettre sous
peine de sanctions.
Quand l’autorité fait une loi, c’est pour que les individus s’y soumettent. Telle est la perspective de l’autorité.