@maQiavel Exactement, la législation consiste toujours à déterminer de quelqu’un son état propre, pour déterminer ses droits et devoirs propres. Par exemple, Mazarine Pingeot, en vertu de son état de fille du président Mitterrand, avait droit à une protection particulière. Donc il n’est pas vrai que les gens naissent libres et égaux en droit.
Quoi qu’il en soit, ce genre de proclamation n’est pas de l’ordre de la déontique, c’est-à-dire qu’il n’indique en rien un « devoir-être » pour le gouverné, mais de l’ordre du vœu pieu, il indique seulement un principe de gouvernement, lequel est aussitôt violé en pratique.
C’est une proclamation impossible, donc fausse, qui, quand elle fut tenue, aboutit au désastre, mais comme elle était intenable, elle finit donc en tromperie.
Je sais bien qu’il est pénible d’entendre que « les hommes ne naissent pas libres et égaux en droits », on aurait envie de croire le contraire, mais je préfère encore admettre la réalité, fût-elle pénible, que me laisser tromper par des déclamations utopiques.
@maQiavel Mais en quoi être libre et égal en droit à la naissance est-il une prescription qui me concerne ? Cela m’éclaire-t-il sur ce que je dois faire ou ne pas faire ?
Depuis quand les juristes du passé prescriraient-ils aux juristes à venir des principes ?
Et ces aînés juristes, puisque ceux-ci auraient déjà prescrit, s’assureraient ainsi d’avoir plus de droit que leurs puinés, puisque ceux-là devraient obéir à leurs prescriptions. Ces aînés auraient été libres et supérieurs en droit, tandis que leurs puinés auraient été dépendants et inférieurs en droit. Ces deux sortes-là de juristes ne seraient pas nés égaux en droit.
Comme quoi, c’est fatal quand on se place dans un cadre de filiation... Ainsi l’engagement initial de la DDH est-il violé à peine prononcé.
On reconnaît l’arbre à son fruit. Un bon arbre donne des bons fruits. Un mauvais arbre donne des mauvais fruits. Que récoltons-nous ?
Les hommes naissent en tant que personnes, héritant de l’état légués par leurs ancêtres, mais aussi dotés d’habiletés propres à eux-même. Toute personne est appelée à développer ses habiletés propres, tant pour son bien propre, qui est légitime s’il est légal et moral, que pour le bien commun, qui est universel. La loi vise à réguler les concurrences personnelles vers les biens propres, comme à protéger le bien commun.
@Qaspard Delanuit « Vous n’avez donc pas compris que la DDH est aussi un
ensemble de prescriptions déontiques ?? Cela est compris par un enfant
de 8 ans. Que voulez vous qu’elle soit d’autre ? »
Désolé, mais en quoi la condition de naissance est-elle de l’ordre de la déontique ? C’est absurde : personne ne choisit d’où il nait, et quand il naît, il dépend entièrement de ses parents, dont il n’est ni libre ni égal. L’homme ne choisit pas sa naissance, donc la naissance n’est pas de l’ordre de la déontique.
« Bien sûr que non, car la pesanteur n’est pas le fait
des hommes, tandis que le droit l’est. A la naissance, vous êtes soumis à
la pesanteur par l’action de la nature, mais vous n’êtes pas baron ou
duc naturellement. Nous parlons donc bien d’une prescription (la
proclamation d’une nécessité inspirée par le sens moral) et non d’une
assertion (prétendant décrire une loi de la nature). La DDH n’est pas un
cours de physique ni de biologie. »
Les conditions de naissance ne sont pas du fait des pouvoirs politiques. Peut-être le jour où tout les enfants seront produit dans des batteries de couveuses artificielles, sous l’autorité de l’état, cela sera-t-il vrai. Mais je doute qu’une telle modalité de venue au monde soit souhaitable, car elle pourrait avoir de mauvaise répercussions sur la construction du petit homme, qui a besoin d’amour. Quoi qu’il en soit, même avec ce genre de modalité de naissance, prise en main par le pouvoir politique, nous ne serions toujours pas dans l’ordre de la déontique : celui qui naîtrait ainsi n’en aurait pas le choix, donc sa responsabilité propre n’y serait pas plus engagée par ce fait de naissance. Il serait toujours totalement dépendant de l’État et parfaitement inégal à son tuteur.
« Cela reviendrait à dire que nous avons le droit de
faire tout ce que nous pouvons faire. Le fort pourrait en droit
violenter le faible car c’est une réalité. On se demande bien à quoi
servirait la législation si ce n’est à limiter l’exercice du pouvoir
inégalement distribué aux hommes par la nature. Vous souhaitez que nous
redevenions des bêtes ? »
Rien à voir. L’ordre du déontique considère les choses sous l’angle du choix personnel, où la responsabilité personnelle est engagée. Une loi naturelle s’impose, nécessairement, quelle que soit la volonté des hommes, donc elle est hors de l’ordre déontique, non sujet à législation. Par exemple, si, par accident, je fais tomber un objet du haut d’un échafaudage sur un collègue de travail, et que ça le tue, je ne l’ai pas choisi moi-même, et je ne suis pas poursuivi pour meurtre. En revanche, si j’agresse volontairement autrui, c’est de ma responsabilité propre, c’est donc une faute déontique, donc j’en suis donc pénalement responsable.
Mieux vaudrait admettre qu’il existe des inégalités au départ, puisque c’est vrai, mais assigner plus de devoir aux plus favorisés (une déontologie de l’autorité), plutôt que nier ces inégalités de fait et de s’en laver les mains comme actuellement... Par exemple, le harcèlement moral, ou l’abus de bien social, devrait immédiatement faire déchoir de toute fonction d’autorité. L’exercice de l’autorité doit être admis, mais sévèrement conditionné.
Pour le reste, vous dites, en pensant à l’ancien-régime, « être baron de naissance », ce qui prouve une incompréhension de ce système politique. La noblesse a toujours été posée comme un État, elle n’a jamais été posée comme une Nature [Rien à voir avec un système de caste]. C’est-à-dire qu’il a toujours été possible d’acquérir l’état de noblesse, comme de le perdre. Nombreux sont ceux qui l’ont acquit - en particulier les juristes des oligarchies communales, les roturiers, les gens de robe, ou des gens comme Colbert. Nombreux sont aussi ceux qui l’ont perdu. Il est vrai que, par défaut, l’État de Noblesse s’héritait : C’est un dispositif politique qui correspond à une volonté d’éviter les conflits d’autorité, car ceux-ci risquent toujours de se traduire par des conflits armés, des guerres civiles dont le peuple souffre (qui furent fort fréquentes vers l’an mille) : ce dispositif n’est donc pas issu de l’idée que certains auraient une nature supérieure à d’autres, comme vous semblez le prendre, mais d’une stratégie de pacification de la société.
Bref, à sa naissance, le petit homme ne naît ni dans un État de liberté, ni dans un État d’égalité avec ceux dont il est issu. C’est une loi de nature, qui ne découle pas d’un choix de quiconque, donc l’affirmation « les hommes naissent libres et égaux en droit » est hors du champ de la déontique, c’est donc une idiotie utopique d’un pouvoir totalitaire.
@Qaspard Delanuit Pour les commandements de Moïse comme pour les limitations de vitesse, clairement, il s’agit de prescriptions légales (cf déontique), destinées aux sujets d’un pouvoir politique. Ces prescriptions peuvent être ou bien respectées, ou bien enfreintes, c’est de l’ordre du choix du gouverné, dont la responsabilité est engagée devant le pouvoir.
Mais pour ce petit homme qui naît en tant qu’être dépendant (de ses parents), ce n’est pas un choix, c’est une fatalité. Il ne peut jamais faire le choix contraire, quand bien même le voudrait-il, et d’ailleurs, il ne le veut pas, puisqu’il les aime, ses parents.
Or qu’est-ce qu’une fatalité, si ce n’est le révélateur d’une nécessité physique, donc d’une chose (cause) qui est hors du gouvernement des hommes ?
Une nécessité physique, on la doit, sans pouvoir s’y opposer, comme l’on doit tomber sous la nécessité de la pesanteur.
L’assertion révolutionnaire « les hommes naissent libres et égaux en droits » est la déclaration d’un principe impossible, analogue à ce que serait l’assertion « les hommes ne subissent pas la pesanteur ».
Il est fou celui qui prétend pouvoir l’impossible. « La liberté, c’est pouvoir ce qu’on veut, et vouloir ce qu’on doit » disait Bossuet.
Or tout homme doit passer par l’étape de l’enfance, où il est dépendant et où il a moins de droits que les adultes. Cela dit, malgré ce principe idiot à sa base, la législation reconnaît bien ce fait par ailleurs, car elle distingue mineurs, sans droits politiques, et majeurs, avec droits politiques, preuve qu’il reste un peu de bon sens.
Mieux vaudrait fonder la législation sur des réalités. Cela passe par poser à son fondement des principes conformes aux nécessités, afin de maintenir ce que l’homme veut dans les limites de ce que l’homme doit.